Le groupe Castel, géant du vin et de la bière pesant 13,5 milliards d'euros, traverse une crise de gouvernance majeure à l'approche du centenaire de son fondateur, Pierre Castel. Une guerre ouverte oppose désormais les héritiers de la famille à la direction actuelle, cristallisant des enjeux de pouvoir complexes au sein d'une structure internationale aux ramifications opaques.
Une fracture familiale au sommet
La tension a franchi un nouveau cap avec la publication de communiqués contradictoires émanant des différentes branches de la famille. D'un côté, un texte anonyme, présenté comme émanant de quatre branches majoritaires, prend ses distances avec Romy Castel, fille du fondateur. De l'autre, Romy Castel, accompagnée de ses cousins Alain et Philippe, dénonce une « tentative d'intoxication » et conteste la légitimité de cette prise de position. Cette bataille de communication illustre la profonde division qui fragilise le capital du groupe, désormais réparti entre cinq branches familiales aux intérêts divergents.
Le bras de fer contre la direction
Au cœur du conflit se trouve la légitimité de Grégory Clerc, avocat fiscaliste suisse nommé à la tête du groupe en 2023. Alors que les héritiers, notamment Romy et Alain Castel, accusent le dirigeant de vouloir évincer la famille pour prendre un contrôle total et opaque sur l'empire, le camp de Grégory Clerc affirme agir en stricte conformité avec les volontés de Pierre Castel. Ce dernier, retiré au Portugal, laisse derrière lui un groupe dont la gestion est devenue le théâtre de procédures judiciaires intenses.
Des enjeux de pouvoir internationaux
La complexité de cette affaire est accentuée par la structure financière du groupe, fruit de deux décennies d'optimisation fiscale. Avec des ramifications s'étendant de Singapour au Luxembourg et à la Suisse, le contrôle de la société mère est un enjeu stratégique majeur. Une procédure judiciaire est actuellement en cours, visant potentiellement l'éviction de Grégory Clerc de la structure singapourienne. Pour les observateurs, cette bataille juridique, qui mobilise des avocats de renom, souligne la fragilité de la transmission au sein des grandes fortunes familiales lorsque les structures de gouvernance manquent de clarté face aux ambitions des dirigeants non-familiaux.