Les combats entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide (FSR) s’aggravent au Soudan, avec des offensives simultanées dans deux États stratégiques. Les civils paient le prix fort, contraints à l’exode par une violence qui s’étend.
Les faits essentiels
Au Kordofan du Nord, l’armée affirme avoir repoussé une offensive des FSR visant à reprendre des localités comme Bara et Jabrat el-Cheikh. Des frappes de drones et des raids aériens ont ciblé des convois paramilitaires, détruisant une cinquantaine de véhicules et interceptant trois drones chinois utilisés par les FSR. L’armée a également annoncé la reddition de 315 combattants, dont un commandant en chef, le lieutenant-général Moussa Khamis, qui a annoncé sa défection dans une vidéo. Un responsable des FSR, Youssef Abkarank, visé par une frappe, est décédé à l’hôpital de Nyala, accusé d’exactions passées.
Dans le Nil Bleu, les FSR et leurs alliés du SPLM-N (faction Abdelaziz al-Hilu) ont pris le contrôle de Gaissan et Kurmuk, deux villes reprises par l’armée en juillet. Les violences ont provoqué le déplacement de près de 10 000 personnes, selon l’OIM. Les paramilitaires progressent désormais vers Damazin, capitale de l’État, tandis que l’armée affirme contrôler Agrou et avoir détruit un pont stratégique à Gaissan, coupant une route de fuite pour les civils.
Pourquoi c'est important
Cette escalade militaire dans deux régions clés du Soudan révèle une tentative des FSR de consolider leur emprise territoriale, malgré les revers subis. Au Kordofan du Nord, leur affaiblissement relatif pourrait fragiliser leur position face à une armée déterminée à reprendre l’avantage. Dans le Nil Bleu, la progression des FSR menace de déstabiliser davantage une zone déjà sous tension, où les civils subissent les conséquences d’un conflit qui s’enlise. La destruction d’infrastructures critiques, comme le pont de Gaissan, aggrave une crise humanitaire déjà critique, avec des milliers de déplacés privés de moyens de survie.
La multiplication des frappes aériennes et des redditions de combattants illustre aussi l’intensité des combats, tandis que les exactions attribuées à des responsables des FSR rappellent les risques d’une guerre sans règles. La défection d’un haut gradé des FSR pourrait, en outre, affaiblir la cohésion du mouvement paramilitaire.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs dynamiques méritent une attention particulière dans les prochains jours. D’abord, l’évolution de la situation à Damazin, où les FSR menacent de prendre le contrôle de la capitale du Nil Bleu. L’armée, qui affirme tenir Agrou, pourrait tenter de contrer cette avancée, mais les frappes sur les axes logistiques pourraient limiter ses mouvements. Ensuite, la capacité des FSR à maintenir leur offensive malgré les pertes subies, notamment au Kordofan du Nord, où leurs convois ont été décimés. Enfin, l’impact humanitaire de la destruction du pont de Gaissan : cette mesure, bien que stratégique pour l’armée, prive les civils d’une voie d’évacuation, risquant d’aggraver la crise des déplacés.
Les prochaines déclarations des deux camps, ainsi que les rapports d’organisations humanitaires, seront déterminants pour évaluer l’ampleur des dégâts et l’évolution du conflit. La communauté internationale, déjà mobilisée sur la crise au Darfour, pourrait être appelée à réagir face à cette nouvelle escalade.