Le Groenland lance une commission vérité pour faire la lumière sur des décennies de contraception forcée imposée à des milliers de femmes inuites par le Danemark, entre débats juridiques et traumatismes persistants.
Une politique coloniale aux conséquences irréversibles
Entre les années 1960 et 1990, plus de 4 000 Groenlandaises, dont des mineures dès 12 ans, ont subi l’implantation de stérilets sans leur consentement, souvent imposée par les autorités danoises. Ce programme, l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire coloniale du Groenland, a privé de nombreuses femmes de leur droit à la maternité. Certaines victimes, aujourd’hui âgées, portent encore les séquelles physiques et psychologiques de ces actes, comme en témoignent les récits de Kirstine Najarak Berthelsen, hospitalisée à répétition et privée d’une partie de sa scolarité.
Génocide ou violation des droits humains ? Le débat qui divise
La question d’un éventuel génocide reste en suspens. Une commission d’experts, créée en août 2024, a rendu deux rapports contradictoires : l’un excluant catégoriquement cette qualification, l’autre laissant planer un doute. Tous deux reconnaissent cependant que ce dispositif a violé les droits humains et ceux des peuples autochtones. La ministre groenlandaise de la Justice, Marianne Paviasen, a souligné l’impossibilité pour le gouvernement de trancher officiellement : « Nous ne pouvons pas dire, au nom du gouvernement, s’il y a eu génocide. C’est une question que nous pouvons continuer à débattre. »
Réparations et reconnaissance : les premières mesures
Face à l’ampleur du scandale, le Parlement danois a adopté une loi permettant aux victimes de demander une indemnisation. Cette initiative, portée par la Première ministre danoise Mette Frederiksen, s’inscrit dans un mouvement plus large de reconnaissance des crimes coloniaux. À Copenhague comme à Nuuk, les autorités promettent une coopération pour « trouver ensemble la bonne voie » et entamer un « processus de guérison ». Une commission de réconciliation, composée de quatre membres, a été chargée d’éclairer les responsabilités et les conséquences de cette politique.
Des voix inuites marginalisées dans l’enquête
Malgré les avancées, des victimes comme Henriette Berthelsen dénoncent l’absence de représentation inuite parmi les experts chargés d’enquêter. Pour elle, cette commission ne suffit pas : « Ce n’est pas seulement une affaire d’histoire ou de politique. C’est mon corps, ma vie et mon droit à l’autodétermination. » Son combat illustre une exigence plus large : que les peuples autochtones soient pleinement associés à la reconstruction de leur mémoire collective. Le Groenland et le Danemark ouvrent ainsi d’autres dossiers douloureux, comme celui des enfants adoptés de force, révélant l’étendue des séquelles coloniales encore à panser.