En décembre 1949, des centaines de femmes ivoiriennes entament une marche historique de 40 kilomètres entre Abidjan et Grand-Bassam pour exiger la libération de dirigeants politiques emprisonnés par l’administration coloniale. Une action audacieuse, réprimée dans le sang, qui marque durablement la mémoire collective comme un acte fondateur de la lutte anticoloniale en Afrique de l’Ouest.
Un acte de résistance collective et symbolique
L’initiative émane de militantes engagées, principalement issues du Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA), alors dirigé par Félix Houphouët-Boigny. Leur objectif : dénoncer l’emprisonnement arbitraire de figures politiques par les autorités coloniales françaises et réclamer leur libération immédiate. Portées par une détermination sans faille, ces femmes, surnommées les « Dames glorieuses », incarnent une forme de militantisme féminin encore rare à l’époque, où les rôles traditionnels limitent souvent l’expression publique des femmes.
La marche, bien que pacifique, se heurte à une répression violente de la part des forces coloniales. Les participantes subissent des arrestations, des violences physiques et des intimidations, illustrant la brutalité du système colonial face à toute velléité d’émancipation. Malgré l’échec immédiat de leur action, cet épisode devient un symbole de courage et de solidarité, rappelant que la lutte pour l’indépendance ne se mène pas seulement sur les champs de bataille, mais aussi dans les rues et les espaces publics.
L’héritage des « Dames glorieuses » : entre mémoire et transmission
Soixante-quinze ans après ces événements, la question de la transmission de cet héritage se pose avec acuité. Si la marche de Grand-Bassam est aujourd’hui célébrée comme un jalon majeur de l’histoire ivoirienne, sa mémoire reste inégalement partagée, notamment auprès des jeunes générations. Les récits officiels, souvent centrés sur les figures masculines de la décolonisation, tendent à minimiser le rôle des femmes dans ces combats, malgré leur contribution décisive.
Pourtant, des initiatives locales et associatives œuvrent à la préservation de cette mémoire, à travers des commémorations, des publications ou des projets éducatifs. Ces efforts visent à ancrer dans la conscience collective l’idée que la lutte pour la liberté fut aussi, et surtout, une affaire collective, où les femmes ont joué un rôle central. La reconnaissance de leur engagement pourrait ainsi inspirer de nouvelles formes de militantisme, enracinées dans l’histoire et tournées vers les défis contemporains, qu’ils soient politiques, sociaux ou économiques.