Lors d'une session sur la gouvernance de l'intelligence artificielle aux Nations Unies, le Premier ministre rwandais, Dr. Justin Nsengiyumva, a alerté sur l'exclusion des pays non-producteurs de modèles d'IA dans les processus de sécurité. Il souligne que l'inclusion sans capacité technique réelle reste une démarche purement symbolique face à des technologies dont les conséquences dépassent les frontières.
L'impératif d'une expertise locale face aux modèles importés
Le constat du Premier ministre rwandais est sans appel : les nations qui ne développent pas leurs propres modèles d'IA ne peuvent se contenter de faire confiance aux systèmes conçus ailleurs. Selon lui, la diversité des populations et des contextes locaux rend indispensable une évaluation indépendante de la fiabilité et de la sécurité de ces outils avant leur intégration dans les services publics ou le secteur privé. Le Rwanda propose ainsi de transformer son Agence nationale pour l'IA en un centre régional de test, permettant aux pays africains d'acquérir les compétences nécessaires pour auditer les systèmes avancés.
Dépasser le clivage entre concepteurs et utilisateurs
La gouvernance mondiale de l'IA semble aujourd'hui confinée à un cercle restreint composé des entreprises technologiques leaders et des gouvernements en compétition directe. Cette dynamique laisse une grande partie du monde dans une position de dépendance, contrainte d'absorber les risques sans avoir les moyens d'analyser les outils déployés sur son territoire. Philip Thigo, envoyé spécial du Kenya pour la technologie, a appuyé cette vision, affirmant que l'Afrique ne doit pas se limiter à un rôle de simple consommateur, mais doit posséder la capacité institutionnelle de faire des choix technologiques éclairés.
Vers une responsabilité partagée des développeurs
Le débat s'étend également à la question de la responsabilité juridique. L'ambassadeur du Canada auprès de l'ONU, David Lametti, a insisté sur le fait que la sécurité ne peut être une réflexion secondaire pour les développeurs. Pour lui, les entreprises concevant des systèmes puissants doivent intégrer la sécurité dès la phase de test et assumer les conséquences en cas de défaillance. Cette approche rejoint les préoccupations d'autres dirigeants, comme le président estonien Alar Karis, qui appelle à des méthodes d'évaluation communes pour éviter que des incidents techniques ne se propagent au-delà des frontières nationales.
Un enjeu de souveraineté technologique
Alors que les systèmes d'IA deviennent de plus en plus autonomes, la nécessité d'une infrastructure de sécurité partagée devient urgente. Le panel scientifique de l'ONU a d'ailleurs noté qu'aucune entité isolée ne peut identifier seule tous les risques émergents. Pour le Rwanda, l'enjeu est désormais de passer d'une rhétorique sur les principes éthiques à une réalité pratique : doter les pays africains des moyens techniques pour examiner les systèmes avant qu'ils ne s'ancrent durablement dans les hôpitaux, les écoles et les infrastructures critiques du continent.