Google s'apprête à franchir une étape symbolique dans la course aux infrastructures spatiales avec le lancement du projet Suncatcher. Ce satellite expérimental, dont la mise en orbite est prévue pour le 1er octobre 2026, vise à tester la viabilité de serveurs informatiques capables d'exécuter des calculs d'intelligence artificielle depuis l'espace.
Une expérimentation technique en conditions réelles
Le projet Suncatcher, développé par les chercheurs de Google à San Francisco, ne constitue pas encore un centre de données complet. Le satellite embarque quatre puces informatiques dotées d'une puissance équivalente à un serveur terrestre, alimentées par un kilowatt d'énergie solaire. L'objectif est d'éprouver la résistance du matériel aux radiations spatiales et de valider les systèmes de refroidissement innovants, indispensables dans le vide orbital où la ventilation traditionnelle est impossible. Le dispositif utilise une dissipation thermique par conduction via des structures en aluminium et en cuivre, permettant aux puces de traiter des requêtes pour le modèle Gemini par cycles de 15 minutes.
Défis d'ingénierie et résilience des composants
La conception de Suncatcher a nécessité des tests rigoureux, notamment au sein du laboratoire nucléaire de Crocker. En bombardant des puces avec des rayonnements simulant cinq années d'exposition spatiale, les ingénieurs ont observé des altérations électroniques mineures, corrigibles par un simple redémarrage. Ce succès initial a convaincu la direction de Google de valider le projet, mené en partenariat avec l'entreprise Planet Labs. Le satellite effectuera des tests pendant un an avant de se désintégrer lors de sa rentrée atmosphérique.
Une vision à long terme pour l'infrastructure numérique
Bien que Google rejoigne des acteurs comme Nvidia ou les initiatives portées par Elon Musk et Jeff Bezos, l'entreprise tempère les attentes immédiates. James Manyika, vice-président de la recherche, souligne que le projet n'a pas vocation à être opérationnel ou utile à court terme, comparant cette phase de recherche aux débuts du moteur de recherche Google. L'enjeu est de préparer l'avenir : si le lancement actuel est modeste, le plan prévoit une montée en puissance avec deux satellites supplémentaires en 2027. À terme, Google envisage une flotte synchronisée de 80 appareils, bien que la complexité d'ingénierie et les coûts de mise en orbite restent des obstacles majeurs pour cette technologie encore inexplorée.