Depuis des années, Gitega, capitale politique du Burundi, est le théâtre d’une crise humanitaire silencieuse : des centaines d’enfants, souvent originaires des zones rurales, s’y retrouvent livrés à eux-mêmes, piégés dans un cycle de survie fait de mendicité, de petits larcins et de dépendances dangereuses.
Une précarité urbaine qui s’aggrave
Le phénomène, initialement localisé dans les quartiers centraux, s’étend désormais à l’ensemble de la ville. Ces enfants, majoritairement des garçons, fuient des conditions de vie familiales ou communautaires difficiles, attirés par l’illusion d’une vie moins rude en ville. Pourtant, leur quotidien se résume à une lutte permanente pour subvenir à leurs besoins les plus basiques. Entre les risques de violences, l’exposition à l’alcool et aux jeux de hasard, leur vulnérabilité ne fait que croître, aggravant leur marginalisation.
Les autorités locales, confrontées à cette situation, peinent à proposer des solutions durables. Les initiatives ponctuelles de prise en charge restent insuffisantes face à l’ampleur du phénomène, tandis que les tensions avec les commerçants et les camionneurs, régulièrement victimes de vols ou de pillages, alimentent un climat de rejet et de méfiance envers ces jeunes.
Vers une réponse structurelle ou une aggravation de la crise ?
La persistance de ce phénomène révèle les failles d’un système de protection de l’enfance encore fragile. Les causes profondes – pauvreté rurale, éclatement des structures familiales, manque d’accès à l’éducation – ne sont pas traitées, transformant Gitega en un miroir des inégalités sociales du pays. Sans une approche globale combinant prévention, éducation et insertion professionnelle, la situation risque de s’envenimer, avec des conséquences à long terme sur la cohésion sociale et la sécurité urbaine.
Les acteurs locaux et internationaux appellent à une mobilisation urgente pour éviter que ces enfants ne deviennent les oubliés d’une croissance économique qui ne leur profite pas. La question n’est plus seulement humanitaire, mais aussi politique : comment briser ce cycle de l’exclusion avant qu’il ne devienne irréversible ?