Après une série d’incendies qui ont ravagé plusieurs centres commerciaux burundais, les autorités de Gitega ont fait raser les installations non conformes du marché central afin de garantir l’accès aux camions de lutte contre le feu. Cette mesure, pourtant indispensable pour la sécurité, plonge les commerçants dans une nouvelle précarité liée aux intempéries.
Déclencheur : la menace d’incendie et la décision de démolition
Suite à la vague d’incendies qui a réduit en cendres plusieurs espaces commerciaux du pays, la police, les services administratifs et les représentants du secteur privé ont imposé la suppression des aménagements « sauvages » du marché central de Gitega. L’objectif était de libérer les voies d’accès afin que les véhicules de secours puissent atteindre chaque recoin du site. Les commerçants, qui avaient investi des centaines de milliers de francs dans leurs stands, ont préféré détruire leurs propres constructions plutôt que de subir une expropriation.
Conséquences immédiates : un marché à ciel ouvert sous la saison des pluies
La suppression des structures a transformé la majeure partie du marché en espace ouvert. En pleine saison des pluies, les vendeurs se retrouvent contraints de fermer leurs stands dès les premières gouttes, cherchant un abri de fortune. Catherine Nduwayo, marchande de cosmétiques, décrit la situation comme une dépendance totale au climat : « Nous fermons nos stands à la hâte pour sauver ce qui peut l’être et nous courons chercher un abri. » De même, Elodie Hakizimana, commerçante de produits frais, constate une perte nette de chiffre d’affaires, les investissements en sécurité devenus vains.
Effet d’entraînement sur le marché privé de Magarama
À quelques kilomètres, le petit marché couvert de Magarama ressent déjà les répercussions. Principalement tenu par d’anciennes vendeuses de rue disposant de capitaux limités, il craint d’être envahi par les commerçants plus puissants du marché central, qui pourraient proposer des loyers plus élevés ou racheter les emplacements. Sandrine Nduwarugira, vendeuse de produits potagers, alerte sur le risque de « supplanter » les petites exploitantes, tandis que Jacqueline Nduwimana souligne que la couverture du marché Magarama, aujourd’hui son atout, le rend vulnérable aux convoitises.
Enjeux pour les décideurs et perspectives
Cette reconfiguration du marché central met en lumière le dilemme entre sécurité publique et viabilité économique des micro‑entreprises. Les autorités devront envisager des solutions d’aménagement temporaires ou permanentes – abris légers, drainage amélioré – pour garantir la continuité du commerce pendant la saison des pluies. Sans mesures d’accompagnement, le risque de désaffection du secteur informel et de déplacement des petites commerçantes vers des espaces moins sécurisés pourrait s’accentuer.