Le Ghana accélère sa transformation numérique avec une croissance fulgurante de son secteur ICT, mais cette digitalisation massive cache un paradoxe : qui construit réellement les technologies utilisées ? Entre dépendance aux solutions étrangères et potentiel local inexploité, le pays doit choisir entre devenir un consommateur ou un producteur de solutions numériques.
Un secteur ICT en pleine expansion, mais des indicateurs manquants
Le Ghana affiche une croissance remarquable de son secteur des technologies de l’information et de la communication, avec un bond de plus de 20 % en 2025, bien au-delà de la moyenne nationale. Cette dynamique s’observe dans tous les domaines : services publics dématérialisés, banques digitalisées, hôpitaux équipés de systèmes électroniques, universités adoptant des plateformes d’apprentissage, ou encore l’essor des fintechs et des interactions citoyennes via des canaux numériques.
Pourtant, derrière ces avancées se pose une question cruciale : quel est le poids réel des acteurs locaux dans cette révolution technologique ? Le pays manque de données précises sur la valeur économique générée par les développeurs ghanéens, les entreprises technologiques locales ou les produits numériques conçus localement. Résultat, le Ghana mesure mal l’ampleur de sa dépendance aux technologies importées, où une partie significative de la valeur créée par la digitalisation s’échappe hors des frontières.
Vers une industrialisation numérique par les politiques publiques
Pour inverser cette tendance, le Ghana doit intégrer sa stratégie de digitalisation dans une politique industrielle ambitieuse. Chaque investissement public majeur dans le numérique devrait inclure des clauses exigeant un transfert de compétences et une participation active des acteurs locaux. Cela pourrait se traduire par des contrats imposant l’emploi de développeurs ghanéens, la formation de professionnels locaux, le développement de logiciels nationaux, ou encore la maintenance des systèmes par des entreprises locales.
La création d’un cadre réglementaire dédié à la production numérique locale s’impose également. Une telle politique pourrait fixer des objectifs mesurables pour les marchés publics, évaluant non seulement la participation des entreprises ghanéennes, mais surtout la valeur ajoutée réelle créée sur le territoire : nombre d’emplois locaux, propriété intellectuelle développée, exportations de solutions numériques, ou encore part des dépenses publiques restant dans le pays.
Les universités et centres de formation technique ont un rôle clé à jouer en formant des talents capables de répondre aux besoins concrets du marché. En collaborant avec les institutions publiques et le secteur privé, elles pourraient transformer l’innovation académique en produits commercialisables, couvrant des domaines comme la santé, l’agriculture, l’éducation ou la cybersécurité. L’intelligence artificielle, en particulier, représente une opportunité stratégique pour le Ghana, à condition de développer des modèles adaptés aux réalités locales et de maîtriser les données africaines.
Le défi n’est pas de tout produire localement, mais de construire une capacité à comprendre, adapter, sécuriser et, le cas échéant, posséder les technologies essentielles. En fixant un objectif national clair – comme l’augmentation de la part des dépenses technologiques publiques restant dans le pays d’ici 2030 – le Ghana pourrait transformer sa digitalisation en un levier de croissance durable et d’autonomie technologique.