Une investigation approfondie révèle que l'audit spécial sur les dépenses liées à la COVID-19 au Ghana a largement minoré les coûts réels engagés par plusieurs ministères. Alors que le rapport officiel faisait état de 96 millions de cedis pour les opérations de fumigation, les données contractuelles indiquent une dépense d'au moins 780 millions de cedis, soit une sous-estimation flagrante des fonds publics.
Une opacité sur les dépenses réelles
L'audit, commandé fin 2022 par l'ancien ministre des Finances Ken Ofori-Atta, visait à examiner les décaissements effectués entre 2020 et 2022. Cependant, l'enquête démontre que les services de l'Auditeur général ont délibérément omis des montants colossaux. Pour le seul ministère de l'Éducation, les contrats identifiés totalisent 316,1 millions de cedis, tandis que le ministère des Transports a versé 159,9 millions de cedis pour des prestations similaires, des chiffres absents ou tronqués dans le rapport final.
Le monopole contesté de Zoomlion
La quasi-totalité de ces fonds, soit environ 775 millions de cedis, a été captée par une seule entreprise : Zoomlion Ghana Limited. Cette société, déjà épinglée par le passé pour des pratiques de corruption et des contrats jugés frauduleux, bénéficiait déjà de marchés nationaux de désinfection avant la pandémie. Un rapport ministériel confidentiel de 2025 qualifie désormais cette mainmise sur le secteur de l'assainissement de « risque sécuritaire » pour l'État, dénonçant une situation de monopole autocratique.
L'inefficacité scientifique des interventions
Au-delà des enjeux financiers, la pertinence même de ces opérations est remise en cause par la communauté scientifique ghanéenne. Des experts, dont ceux de l'Institut Noguchi, soulignent que la fumigation massive des espaces publics n'était pas recommandée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et ne reposait sur aucune base scientifique pour contrer la propagation du virus. Des responsables locaux ont d'ailleurs admis que ces campagnes de désinfection coïncidaient avec des contrats préexistants, sans lien direct avec une stratégie sanitaire ciblée.
Un audit sous influence
Le Service d'audit du Ghana a justifié ces omissions en affirmant que l'absence de certaines données dans le rapport ne signifiait pas qu'elles n'avaient pas été auditées, sans toutefois fournir d'explication sur les raisons de leur exclusion. L'ancien auditeur général, Daniel Domelevo, a qualifié l'initiative de cet audit spécial d'anomalie juridique, soulignant que le ministre des Finances, en tant qu'ordonnateur des dépenses, n'aurait jamais dû être à l'origine de l'audit de ses propres comptes, soulevant ainsi de graves questions sur l'indépendance des institutions de contrôle.