Le Ghana enregistre une croissance économique soutenue, mais son modèle de développement, basé sur l’accumulation de facteurs de production plutôt que sur l’innovation, soulève des interrogations majeures sur sa durabilité. Selon l’économiste Maxwell Opoku-Afari, cette stratégie, centrée sur le travail, le capital et les ressources extractives, limite les gains de productivité et affaiblit la résilience fiscale du pays. Un constat qui interroge la capacité du Ghana à transformer sa prospérité en stabilité durable.
Les faits essentiels
Entre 2013 et 2024, la structure économique du Ghana est restée marquée par une forte dépendance aux secteurs traditionnels. L’agriculture a conservé une part stable d’environ un cinquième du PIB, tandis que l’industrie, bien que volatile, a été principalement tirée par les activités extractives plutôt que par la transformation manufacturière. Le secteur des services, quant à lui, a dominé l’économie de manière constante.
Parallèlement, les recettes pétrolières, initialement destinées à financer des infrastructures prioritaires, ont souvent été réaffectées vers des dépenses récurrentes ou le service de la dette. Cette pratique a contribué à une pression fiscale accrue, limitant l’accès du secteur privé au crédit et freinant les investissements productifs.
Pourquoi c'est important
Cette configuration économique révèle un déséquilibre structurel préoccupant. La croissance, bien que visible, ne s’accompagne pas des transformations nécessaires pour élargir l’assiette fiscale, diversifier les exportations ou renforcer la capacité de remboursement de la dette. Le manque d’innovation et de gains de productivité rend le modèle vulnérable aux chocs externes, tout en maintenant une dépendance aux ressources naturelles et au travail, sans création de valeur ajoutée durable.
La gestion des finances publiques aggrave cette situation. L’absorption d’une part significative de l’endettement par des dépenses récurrentes, couplée à des coûts de projet élevés et à des rendements limités, illustre une stratégie de financement peu efficace. Le phénomène d’éviction du secteur privé, où l’État capte une part croissante des ressources financières, menace directement la compétitivité et les perspectives de croissance à moyen terme.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs indicateurs devront être suivis de près pour évaluer l’évolution de cette dynamique. D’abord, la capacité du Ghana à réorienter ses recettes pétrolières vers des investissements productifs plutôt que vers des dépenses courantes ou le remboursement de la dette. Ensuite, l’évolution des crédits accordés au secteur privé, dont le ralentissement pourrait signaler une aggravation du phénomène d’éviction financière.
Enfin, la mise en œuvre de réformes structurelles visant à stimuler l’innovation et la diversification économique sera déterminante. Sans un changement de cap, le risque d’un cercle vicieux – où la dette publique limite la croissance privée, elle-même affaiblissant les recettes fiscales – pourrait se concrétiser, compromettant la stabilité macroéconomique du pays.