Ghana : quand le Parlement scrute l’exécutif mais se refuse à se juger lui-même

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 23 lectures
Ghana : quand le Parlement scrute l’exécutif mais se refuse à se juger lui-même

Le directeur du Centre africain pour les affaires parlementaires, Rasheed Dramani, exhorte le Parlement ghanéen à appliquer à ses propres membres les mêmes exigences qu’il impose à l’exécutif. Une mise en garde alors que des allégations de corruption et de conflits d’intérêts alimentent une défiance croissante envers l’institution.

Un Parlement sous pression après des allégations de corruption

Les récents scandales impliquant des députés, dont le leader de l’opposition Alexander Afenyo-Markin accusé d’extorsion par le PDG de GoldBod Sammy Gyamfi, ont ravivé les débats sur l’intégrité des parlementaires. Ces affaires surviennent dans un contexte où le Parlement ghanéen, doté d’une supermajorité, peine à incarner une véritable contre-pouvoir face à l’exécutif. Selon Dramani, cette situation révèle une faille structurelle : l’institution excelle dans le contrôle des ministres, mais se montre incapable de se policer elle-même.

La solidarité partisane prime sur l’éthique

Dramani pointe du doigt un phénomène récurrent : les accusations contre un député déclenchent systématiquement une solidarité de caucus, étouffant toute investigation sérieuse. « Quand un membre est mis en cause, c’est toute une faction qui se mobilise pour le défendre, sans même se poser les bonnes questions », explique-t-il. Cette logique, qui sacrifie l’impartialité sur l’autel de la loyauté politique, contribue à une perception généralisée de corruption au sein du Parlement. Les travaux de la Commission des comptes publics, pourtant salués pour ses audits rigoureux (31 auditions publiques et plus de 1 000 recommandations en 2024), illustrent cette contradiction : l’institution applique des standards exigeants à l’extérieur, mais les ignore en son sein.

L’absence de transparence alimente la défiance

Un autre grief majeur porte sur l’opacité des procédures internes. Dramani souligne l’absence de « voie claire » entre l’émergence d’une allégation et sa résolution, ce qui nourrit le scepticisme des citoyens. « Les Ghanéens ne voient pas de sanctions concrètes, ni de mécanismes transparents pour traiter ces affaires », déplore-t-il. Pour y remédier, il propose d’intégrer des personnalités indépendantes dans les comités d’enquête, ou de créer des panels mixtes associant députés et figures éminentes de la société civile. L’objectif ? Rétablir la crédibilité du Parlement en garantissant des procédures équitables et des résultats tangibles.

Vers une réforme des mécanismes de contrôle ?

La crise actuelle pourrait-elle forcer une remise en question institutionnelle ? Dramani en est convaincu : « Il est temps que le Parlement fasse preuve de la même rigueur envers ses membres qu’il exige de l’exécutif. » Son appel intervient alors que la supermajorité parlementaire, souvent perçue comme un outil de contrôle accru, se transforme en symbole de l’impunité. Si aucune mesure concrète n’est prise, le risque est double : une perte durable de légitimité pour l’institution et une érosion supplémentaire de la confiance des citoyens dans les mécanismes démocratiques. La balle est désormais dans le camp des dirigeants parlementaires, sommés de choisir entre la préservation de leurs privilèges et la restauration de leur rôle de gardien de l’éthique publique.

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