Ghana : quand la force du cedi étouffe l'emploi local malgré la reprise économique

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 31 lectures
Ghana : quand la force du cedi étouffe l'emploi local malgré la reprise économique

Le Ghana affiche une reprise économique spectaculaire, mais le cedi fort, symbole de cette stabilité, creuse un paradoxe : il favorise les importations au détriment des industries locales, menaçant l'emploi des jeunes.

Les faits essentiels

Le Ghana a réalisé un redressement macroéconomique sans précédent après la crise de 2022-2023. L'inflation a chuté à 4,6 %, tandis que la croissance atteint 5,5 %. La Banque du Ghana a réduit son taux directeur de 30 % à 14 %, et les réserves internationales s'élèvent désormais à 13,8 milliards de dollars. Les réformes fiscales, comme l'abolition de la taxe COVID-19 et l'augmentation du seuil de TVA, ont allégé la pression sur les PME.

Cependant, cette stabilité monétaire a un revers : le cedi s'est apprécié, passant à environ 10,94 cedis pour 1 dollar. Ce taux avantage les importations, notamment dans l'agroalimentaire et l'industrie. Par exemple, le poulet importé est 30 à 40 % moins cher que le poulet local, en raison des subventions étrangères et des coûts de production élevés au Ghana. Les entreprises locales peinent à rivaliser, avec des coûts énergétiques industriels à 0,16 dollar/kWh, contre 0,07 dollar/kWh en Asie.

Le gouvernement tente de stimuler la production locale, comme en exonérant la TVA sur les textiles jusqu'en 2028, mais d'autres mesures, comme la suppression des droits de douane sur les véhicules électriques, favorisent les importations au détriment des usines locales.

Pourquoi c'est important

Le paradoxe du cedi fort illustre les limites d'une reprise économique déséquilibrée. Si la stabilité monétaire attire les investissements et réduit l'inflation importée, elle expose aussi les industries locales à une concurrence déloyale. Les jeunes entrepreneurs, confrontés à des coûts de production prohibitifs, privilégient les importations, ce qui risque de marginaliser l'industrie nationale et de précariser l'emploi formel. La question centrale est donc : comment concilier stabilité monétaire et compétitivité industrielle ?

Les réformes récentes, bien que salutaires, révèlent des tensions structurelles. Par exemple, l'électricité industrielle à 0,16 dollar/kWh rend toute production locale non compétitive face aux importations asiatiques. Sans intervention ciblée, le Ghana pourrait voir ses usines fermer et ses emplois industriels disparaître, malgré une croissance globale.

Ce qu'il faut surveiller

Plusieurs pistes pourraient redéfinir l'équilibre entre importations et production locale. D'abord, la baisse des coûts énergétiques industriels est cruciale. Une réduction des tarifs de 0,16 dollar/kWh pourrait relancer la compétitivité des usines ghanéennes. Ensuite, les politiques d'importation doivent être repensées pour protéger les secteurs stratégiques sans pénaliser les consommateurs. Enfin, l'utilisation des excédents commerciaux, comme le surplus de 148,3 milliards de cedis enregistré en 2025, devra être orientée vers des investissements productifs plutôt que vers des importations de consommation.

Les prochaines étapes dépendront de la capacité du gouvernement à transformer les succès macroéconomiques en opportunités pour les industries locales. Sans mesures concrètes, le cedi fort pourrait devenir un piège pour l'emploi des jeunes, malgré une économie globalement en bonne santé.

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