Ghana : profits records des entreprises d'État, dissolution de neuf conseils et crises institutionnelles en cascade
Les entreprises publiques ghanéennes affichent une santé financière retrouvée avec 19,8 milliards de cedis de bénéfices nets en 2025, après une perte de 2,2 milliards un an plus tôt. Mais ce retournement spectaculaire s'accompagne de plusieurs crises de gouvernance qui interrogent sur la réalité des transformations en cours.
Un retournement financier à nuancer
Le passage d'une perte de 2,2 milliards de cedis à un profit de 19,8 milliards représente une embellie que le gouvernement présente comme la preuve d'une gestion améliorée des entreprises d'État. Les autorités mettent en avant la hausse des revenus, la baisse des charges financières et des gains liés aux changes.
Toutefois, les observateurs soulignent un écart significatif entre les bénéfices affichés et les dividendes réellement versés à l'État. La question se pose de savoir si quelquesperformeurs exceptionnels portent le chiffre global, masquant ainsi des entités toujours déficitaires. Les conditions réelles de cette prétendue renaissance managériale restent floues.
La dissolution des conseils d'administration divise
Alors que les résultats financiers commençaient à être célébrés, le président John Mahama a dissous les conseils d'administration de neuf institutions majeures, dont BOST, VALCO, CBG, GNPC, Ghana Post et l'Autorité Nationale des Sports. Des changements parmi les directeurs généraux pourraient suivre.
Cette décision soulève deux interrogations majeures. D'une part, si les entreprises d'État commencent à être performantes, pourquoi démanteler leurs instances de gouvernance précisément maintenant ? D'autre part, les critères de nomination des prochains administrateurs restent opaques, alimentant les craintes d'un renouvellement par copinage politique plutôt que par compétence.
Le Chief Justice pris dans la tempête politique
Le débat sur la gouvernance a pris une tournure inattendue avec l'intervention du chef de la magistrature. Lors de déplacements à la MIIF et à la SSNIT, le Chief Justice Paul Baffoe-Bonnie s'est montré elogieux envers les améliorations observées avant de s'interroger publiquement sur les huit années précédentes.
Le Nouveau Parti Populaire (NPP) a immédiatement crié à l'intrusion politique, exigeant sa démission. Pour le parti d'opposition, un chef de la Cour suprême ne saurait tenir des propos susceptibles de l'associer à un camp partisan. En face, certains défendre que saluer la performance institutionnelle ne constitue pas en soi un engagement électoral.
Enquête sur des allégations de corruption au Parlement
Un mémorandum attribué à la législature a révélé des soupçons de paiements liés aux auditions de validation des candidats ministériels et judiciaires. Le document implique la député d'Asokwa et leader adjoint du groupe minoritaire Patricia Appiagyei, qui aurait reçu 70 000 cedis dans ce cadre. L'intéressée a catégoriquement démenti.
Le Bureau du Procureur Spécial a ouvert une enquête préliminaire. Les investigators devront déterminer l'authenticité du mémorandum, son origine exacte et si des fonds ont effectivement transité. Cette affaire met en lumière les failles potentielles dans les procédures de vérification des nominations au Parlement.
Ces trois développements convergent vers une interrogation centrale : les institutions ghanéennes connaissent-elles une transformation réelle de fond, ou assiste-t-on simplement à un changement de visages accompagné d'une communication soigneusement optimisée ? Qui surveille véritablement les surveillants ?