Un appel pressant résonne au Ghana : face à une mortalité routière équivalente à huit décès quotidiens, un expert propose de traiter les accidents comme une crise sanitaire majeure, au même titre que la pandémie de COVID-19.
Les faits essentiels
Plus de 2 500 personnes ont perdu la vie dans des accidents de la route au Ghana l’année dernière, soit une moyenne de huit décès par jour. Ce bilan, qualifié de « crise nationale » par Appiah Kusi Adomako, directeur du Centre régional ouest-africain de CUTS International, dépasse largement le nombre de victimes du COVID-19 au plus fort de la pandémie dans le pays. Pourtant, malgré cette hécatombe, les mesures de prévention et les ressources allouées restent bien inférieures à celles déployées contre le virus.
L’expert souligne que la réponse actuelle, centrée sur l’application des lois après les accidents, est insuffisante. Il salue en revanche les avancées législatives récentes, comme l’automatisation des sanctions pour infractions routières, mais insiste sur la nécessité d’une approche globale intégrant santé publique, planification des transports et comportement citoyen.
Pourquoi c'est important
La situation actuelle révèle un paradoxe alarmant : alors que le Ghana a mobilisé des moyens colossaux pour endiguer le COVID-19 – avec moins de 1 000 décès enregistrés sur deux ans –, les accidents de la route, bien plus meurtriers, ne bénéficient pas de la même priorité. Cette disparité interroge les priorités nationales en matière de prévention des décès évitables. Adomako rappelle que la sécurité routière ne peut se limiter à des mesures répressives ponctuelles : elle exige des investissements durables en infrastructures, en éducation et en technologies de surveillance automatisée.
L’enjeu dépasse la simple question de la mortalité. Une crise sanitaire déclarée permettrait de structurer une réponse coordonnée entre les autorités (NRSA, DVLA, police), les acteurs privés et la société civile, en alignant les efforts sur ceux déployés contre les épidémies. L’objectif ? Transformer une approche réactive en une stratégie proactive, où la prévention prime sur la gestion des conséquences.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs pistes pourraient concrétiser cette ambition. D’abord, l’adoption par le gouvernement d’une déclaration officielle d’urgence sanitaire, qui acterait la gravité de la situation et libérerait des fonds dédiés. Ensuite, l’évaluation des nouvelles mesures législatives, notamment l’automatisation des sanctions, dont l’efficacité dépendra de leur mise en œuvre effective et de leur accessibilité pour tous les usagers.
Un autre point clé sera la collaboration entre les différentes institutions. Adomako insiste sur le fait que la sécurité routière doit devenir une « responsabilité partagée », impliquant non seulement les forces de l’ordre, mais aussi les conducteurs, les piétons et les agences gouvernementales. Enfin, la question des infrastructures – routes, signalisation, éclairage – devra être intégrée à cette stratégie, car leur état actuel aggrave les risques d’accidents.
Sans ces ajustements, le statu quo pourrait persister, avec son cortège de drames quotidiens. La balle est désormais dans le camp des décideurs, sommés de passer des paroles aux actes pour sauver des vies.