Lors d'une conférence annuelle du Korle Bu Nursing and Midwifery Training College, le Dr Elikem Oklu a dénoncé le fossé persistant entre les connaissances médicales et leur application concrète, un facteur clé des décès maternels et néonatals au Ghana.
Des chiffres qui interpellent
Le ministère de la Santé indique que le taux de mortalité maternelle s'établit à environ 234 décès pour 100 000 naissances vivantes, tandis que les décès maternels enregistrés dans les établissements de santé ont atteint 965 en 2025. Ces indicateurs traduisent une situation où, malgré la disponibilité de spécialistes, de médicaments et d'infrastructures, les pertes restent trop élevées.
Le constat des praticiens
Le Dr Oklu, obstétricien‑gynécologue, a rappelé que « les femmes meurent encore alors que nous disposons de toutes les connaissances ». Selon lui, la principale difficulté réside dans la capacité des équipes à transformer le savoir en actions concrètes, notamment lors d'urgences obstétricales. Il insiste sur l'importance d'une attitude professionnelle empreinte d'empathie et d'une communication claire entre les soignants, qui peuvent faire la différence même lorsque le traitement ne suffit pas à sauver la patiente.
Culture institutionnelle et responsabilité
Au-delà des compétences techniques, le Dr Oklu a souligné la nécessité d'une culture institutionnelle qui encourage les références appropriées et la transparence sur les services de maternité. En parallèle, Rachel Haizel, chargée de cours à la School of Law de l'Université du Ghana, a pointé du doigt le faible recours aux procédures judiciaires contre les établissements de santé. Selon elle, le manque de litiges affaiblit la responsabilité et laisse les pratiques négligentes sans sanction, compromettant ainsi la sécurité des patientes.
Vers une amélioration durable
Les deux intervenantes convergent vers une même recommandation : les professionnels de santé doivent renouer le lien entre formation et pratique quotidienne, tout en adoptant une posture de responsabilité vis‑à‑vis des patientes. Renforcer les mécanismes de plainte et de recours juridique, ainsi que promouvoir une culture d'empathie et de communication, sont présentés comme des leviers essentiels pour réduire les décès évitables et améliorer la confiance du public dans le système de santé ghanéen.