Ghana : l'éducation face à la révolution technologique et au chômage des jeunes

Par Rédaction KUMBA 4 min de lecture 41 lectures
Ghana : l'éducation face à la révolution technologique et au chômage des jeunes

Alors que 38 % de la population ghanéenne a entre 15 et 35 ans, le pays fait face à un paradoxe alarmant : un taux de chômage des jeunes de 21,9 %, bien supérieur à la moyenne nationale de 12,8 %. Dans les grandes villes comme Accra ou Kumasi, près d’un jeune sur trois est sans emploi, ce qui soulève une question cruciale : comment l’éducation peut-elle s’adapter à une économie en pleine mutation technologique pour transformer cette jeunesse en moteur de croissance ?

Les faits essentiels

Près de 2 millions de jeunes Ghanéens, soit près de 20 % de la population jeune, ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en études. Ce chiffre masque des disparités régionales marquées, avec des taux de chômage des jeunes dépassant 30 % dans la région du Grand Accra et 27 % dans celle d’Ashanti. Pourtant, le pays dispose d’un atout majeur : une population jeune et dynamique, dont l’éducation pourrait être réorientée pour répondre aux défis d’une économie numérique en pleine expansion.

La convergence technologique, accélérée par l’intelligence artificielle, redéfinit les conditions d’accès aux marchés. Désormais, un jeune peut écrire, produire et distribuer un livre, un film ou une musique avec des outils numériques accessibles via un smartphone. Les plateformes en ligne et les réseaux sociaux remplacent partiellement les intermédiaires traditionnels, comme les éditeurs ou les studios. Cependant, cette accessibilité ne garantit pas le succès : les algorithmes des réseaux sociaux et des moteurs de recherche deviennent de nouveaux gatekeepers, limitant la visibilité des créateurs.

Le financement reste un obstacle structurel. Malgré la réduction des barrières à l’entrée grâce aux technologies, le déficit de financement des PME ghanéennes atteint 6,1 milliards de dollars, soit 13 % du PIB. Seuls 26 % des entrepreneurs ont accès à des crédits suffisants, ce qui freine l’émergence de nouvelles entreprises malgré les opportunités offertes par le numérique.

Pourquoi c'est important

L’enjeu dépasse la simple création d’emplois : il s’agit de repenser la création de valeur économique à l’ère du numérique. La convergence technologique permet à des jeunes de contourner des infrastructures traditionnelles coûteuses, comme le montrent les exemples africains de mobile money, qui a permis à des millions de personnes d’accéder à des services financiers sans passer par les banques classiques. Pour le Ghana, cela représente une chance de développer une économie plus inclusive, où les jeunes peuvent devenir des acteurs économiques plutôt que de simples consommateurs de technologie.

Cependant, cette transition nécessite des compétences spécifiques. Savoir utiliser un outil d’IA ne suffit pas : il faut aussi identifier des marchés sous-desservis, prototyper des solutions, protéger sa propriété intellectuelle et construire une entreprise durable. L’éducation doit donc évoluer pour former des créateurs de valeur, capables de transformer les opportunités technologiques en activités économiques viables. Le système éducatif ghanéen, actuellement déséquilibré entre filières générales et techniques, doit intégrer ces nouvelles exigences pour éviter de produire des diplômés compétents mais incapables de s’insérer dans une économie en mutation.

Ce qu'il faut surveiller

Plusieurs pistes d’action émergent pour accompagner cette transition. D’abord, l’intégration systémique de compétences technologiques, entrepreneuriales, critiques et institutionnelles dans tous les niveaux d’enseignement, dès l’école primaire. Ensuite, le renforcement des filières techniques et professionnelles (TVET), dont la fréquentation a chuté de 2,5 % à 1 % entre 2015 et 2024, alors que la demande en compétences pratiques explose. Enfin, la création de liens entre réformes éducatives et accès au financement, pour que les jeunes puissent concrétiser leurs projets.

Un autre point critique sera l’évolution des politiques publiques. Des initiatives comme la Semaine nationale de la jeunesse pourraient servir de levier pour évaluer si les jeunes Ghanéens disposent des outils nécessaires pour participer à l’économie émergente. L’objectif n’est pas seulement de réduire le chômage, mais de faire du dividende démographique une réalité, en transformant les jeunes en créateurs d’opportunités plutôt qu’en demandeurs d’emplois traditionnels.

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