Pour pallier son déficit financier chronique, l'Electricity Company of Ghana (ECG) envisage d'instaurer des intérêts de retard sur les factures impayées. Cette mesure, destinée à mettre fin aux retards de paiement stratégiques, impose toutefois une refonte préalable de la fiabilité de la facturation et une régulation stricte par la PURC.
Un levier financier face au déficit sectoriel
Le secteur énergétique ghanéen fait face à un déséquilibre financier majeur, avec un déficit estimé à 1,4 milliard de dollars pour 2025. Actuellement, lorsque les clients retardent leurs paiements, l'ECG est contrainte de financer ce décalage par ses propres fonds de roulement ou par l'accumulation d'arriérés auprès de ses fournisseurs. L'instauration d'une charge d'intérêt transparente sur les factures en souffrance viserait à décourager les clients solvables d'utiliser l'entreprise comme un prêteur gratuit, tout en compensant partiellement la valeur temporelle de l'argent pour le distributeur.
La nécessité d'un cadre légal et opérationnel
L'application de telles pénalités ne peut se faire arbitrairement. La réglementation ghanéenne (L.I. 1816) prévoit déjà des dispositions pour des intérêts sur les montants importants, mais leur mise en œuvre nécessite une validation explicite de la Commission de régulation des services publics (PURC). L'ECG doit définir un cadre clair incluant les seuils d'éligibilité, les méthodes de calcul et les procédures de recours. Une approche prudente est préconisée : débuter par les grands comptes industriels et commerciaux, tout en excluant les ménages à faible revenu, afin de tester l'efficacité du dispositif avant toute généralisation.
La qualité du service comme préalable
L'efficacité d'une politique de recouvrement repose avant tout sur la confiance des usagers. Les études montrent que la ponctualité des paiements est étroitement liée à la qualité du service, à la précision des factures et à la réactivité du fournisseur en cas de litige. Avant d'exiger des intérêts, l'ECG a l'obligation d'améliorer ses processus de facturation et de résolution des plaintes. Le succès de cette réforme sera jugé sur la capacité réelle à accélérer les flux de trésorerie, et non sur la simple comptabilisation de pénalités théoriques.
La responsabilité de l'État
Au-delà des clients privés, l'État ghanéen doit également assumer ses responsabilités. Les entités publiques, souvent sources d'arriérés importants, doivent impérativement budgétiser leurs consommations électriques et respecter les délais de paiement. La transparence dans la gestion des données de recouvrement et l'allocation des revenus au sein du secteur énergétique restent des conditions sine qua non pour restaurer la viabilité financière de l'ECG et garantir une équité entre les contribuables et les entreprises publiques.