Ghana : le moratoire sur le galamsey a permis la renaissance des rivières, mais les garde‑fous abandonnés menacent les progrès

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 41 lectures
Ghana : le moratoire sur le galamsey a permis la renaissance des rivières, mais les garde‑fous abandonnés menacent les progrès

Le professeur Kwabena Frimpong‑Boateng, ancien ministre de l'Environnement, a rappelé que le moratoire imposé entre 2017 et 2018 avait permis à des sections du fleuve Pra de redevenir claires et aux pêcheurs de retrouver du poisson. Il a toutefois souligné que les mécanismes de suivi instaurés pour pérenniser ces résultats ont été abandonnés, ouvrant la porte à une possible rechute.

Récupération des cours d'eau pendant le moratoire 2017‑2018

Lors du moratoire décrété le 31 juillet 2017, l’opération « Vanguard », mobilisant 400 militaires et policiers, a été déployée dans les régions de l’Est, de l’Ashanti et de l’Ouest. Cette intervention a immédiatement réduit la turbidité des points d’alimentation en eau, entraînant une baisse du coût de traitement de l’eau brute. Des pêcheurs ont signalé que le fleuve Pra, considéré depuis des années comme « mort », coulait à nouveau avec une visibilité suffisante pour la pêche, offrant ainsi la première preuve concrète de récupération écologique sans recourir à des analyses de laboratoire.

Mise en place de garde‑fous pour un retour contrôlé du secteur minier

Le 21 décembre 2018, le gouvernement a levé le moratoire à condition que plusieurs sauvegardes soient respectées. Seuls les mineurs disposant d’un numéro d’identification fiscale valide et d’une concession à code‑barres pouvaient reprendre leurs activités. Le matériel devait être licencié et équipé d’un dispositif de suivi électronique, et chaque entreprise était tenue d’employer au moins un technicien formé aux pratiques minières durables par l’Université des Mines et de la Technologie. Les exploitants devaient restaurer 30 % des terrains déjà exploités en six mois, puis achever la remise en état complète dans l’année, tout en étant placés sous probation de six mois et tenus de signer un code de conduite.

Pour soutenir ces exigences, 72 comités de district contre le galamsey ont été créés, 3 000 petits mineurs ont reçu une formation, et la plateforme électronique « GalamStop » a été lancée afin de tracer les licences et simplifier les demandes de permis. Plus de 140 pilotes de drones ont été formés pour surveiller les zones minières, et les excavateurs ont été enregistrés auprès de la Driver and Vehicle Licensing Authority avec des dispositifs de localisation.

Abandon des mesures et risques de rechute

Selon le professeur Frimpong‑Boateng, l’ensemble de ces dispositifs a été progressivement démantelé ou laissé à l’abandon, alors que les autorisations accordées aux mineurs sont restées en vigueur. Il a interrogé la validité actuelle des codes‑barres, la traçabilité des excavateurs, le fonctionnement de GalamStop dans les 72 districts et le respect des obligations de remise en état des terres. L’absence de base de données publique et de rapports d’audit parlementaire a également empêché le suivi transparent des résultats.

Le professeur a conclu en appelant à rendre les conditions d’autorisation juridiquement contraignantes, en préconisant que toute permission conditionnelle expire automatiquement sans preuve documentée de conformité. « Lorsque la décision confère un bénéfice immédiat mais impose des garde‑fous dans le temps, le bénéfice est saisi et les garde‑fous s’éteignent, à moins qu’ils ne soient ancrés dans la loi », a‑t‑il averti.

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