Ghana : le mirage comptable des entreprises d'État face à l'impératif de réforme

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 32 lectures
Ghana : le mirage comptable des entreprises d'État face à l'impératif de réforme

Pour la première fois en quatre ans, les entreprises d'État (SOE) du Ghana ont rompu avec une spirale de pertes cumulées, affichant un bénéfice net consolidé de 19,80 milliards de GH¢ en 2025. Si ce résultat, porté par une hausse de 28,12 % des revenus totaux, est présenté par l'Autorité des intérêts et de la gouvernance de l'État (SIGA) comme une victoire structurelle, une analyse approfondie révèle une réalité plus nuancée où les effets de change priment sur l'efficacité opérationnelle.

La volatilité macroéconomique au cœur du rebond

Le redressement financier de 2025 repose largement sur des facteurs externes plutôt que sur une transformation interne des modèles économiques. La stabilisation du cedi a permis de générer 11,72 milliards de GH¢ en gains de change, inversant une perte de 12,01 milliards enregistrée l'année précédente. Ce seul levier macroéconomique explique une part majeure de l'amélioration des résultats. Parallèlement, la baisse des coûts financiers, corrélée aux ajustements des taux directeurs et à la restructuration de la dette, a artificiellement gonflé les marges, masquant des faiblesses structurelles persistantes.

Le paradoxe des dividendes et la gestion privée

Malgré des profits comptables impressionnants, les 53 entreprises détenues à 100 % par l'État n'ont versé que 16 millions de GH¢ de dividendes au Trésor public, soit une chute de 29,4 %. À l'inverse, les coentreprises (JVC) où l'État est minoritaire, bénéficiant d'une gestion commerciale privée, ont généré 1,19 milliard de GH¢, représentant 97,12 % de la liquidité totale perçue par l'État. Ce contraste souligne l'incapacité des structures étatiques à convertir leurs bénéfices papier en revenus réels pour les finances publiques.

Risques systémiques et poids de la dette

La rentabilité globale occulte des poches de détresse financière sévères. La compagnie d'électricité nationale (ECG) concentre à elle seule 82,31 milliards de GH¢ de passif, plombée par des pertes techniques et des difficultés de recouvrement. D'autres entités, comme la raffinerie de Tema (TOR) ou GIHOC Distilleries, opèrent en situation de fonds propres négatifs, faisant peser un risque constant sur le contribuable ghanéen. La réduction des infractions aux marchés publics, passées de 18,4 à 2,2 milliards de GH¢ grâce aux contrôles de la SIGA, prouve toutefois que la rigueur administrative porte ses fruits.

Vers une mutation du modèle de gestion

Pour pérenniser ces acquis, des experts préconisent une transition vers un modèle d'investisseur actif plutôt que de gestionnaire opérationnel. Les recommandations incluent le transfert des dettes héritées de l'ECG vers un véhicule dédié, l'imposition d'un taux de distribution de dividendes de 30 % pour les entreprises publiques, et une indexation stricte de la performance sur le retour sur capital investi (ROIC). L'enjeu pour le Ghana est désormais de transformer ce rebond comptable en une véritable efficacité économique durable.

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