Les récentes déclarations du juge en chef du Ghana, Paul Baffoe-Bonnie, sur la gestion des institutions publiques ont suscité une vive réaction au sein de la communauté juridique. Le professeur Kwaku Asare, éminent juriste, a publiquement exhorté le magistrat à faire preuve d'une plus grande réserve pour préserver l'image d'impartialité de l'institution judiciaire.
Une rhétorique perçue comme partisane
Lors de visites officielles au Minerals Income Investment Fund (MIIF) et au Social Security and National Insurance Trust (SSNIT) début septembre, le juge en chef a salué les performances actuelles de ces organismes. En comparant la situation présente à celle des « huit dernières années », il a interrogé publiquement les réalisations des administrations précédentes. Pour le professeur Kwaku Asare, cette temporalité spécifique est fortement connotée dans le paysage politique ghanéen. En utilisant un tel langage, le chef de la magistrature s'expose, selon lui, à être perçu comme évaluant les mérites d'un camp politique par rapport à un autre, brouillant ainsi la frontière entre son rôle institutionnel et le débat partisan.
L'impératif de la neutralité pour les justiciables
Au-delà de la forme, l'enjeu porte sur la confiance des citoyens envers le système judiciaire. Le professeur Asare souligne que les tribunaux sont régulièrement saisis de dossiers impliquant des décisions prises par les gouvernements successifs. Si le chef de la justice affiche une opinion tranchée sur le bilan de ces administrations, il risque de fragiliser la perception de neutralité nécessaire à tout procès équitable. « Aucun justiciable ne devrait se demander si le chef de la justice a déjà formé un avis favorable ou défavorable sur une administration donnée », a-t-il insisté, rappelant que la robe de magistrat impose une contrainte de réserve supérieure à celle du citoyen ordinaire.
Un contexte politique sous haute tension
Cette controverse intervient dans un climat politique particulièrement sensible au Ghana. La nomination de Paul Baffoe-Bonnie au poste de juge en chef, survenue après la suspension de sa prédécesseure Gertrude Torkornoo, a été marquée par des débats parlementaires houleux et un boycott de l'opposition lors de son processus de confirmation en novembre 2025. Bien que le juge en chef ait réfuté toute motivation politique lors de sa nomination, ces nouvelles déclarations ravivent les inquiétudes sur l'indépendance de la plus haute instance judiciaire du pays. Le professeur Asare conclut en rappelant que le respect de l'indépendance judiciaire est une obligation réciproque : les politiques doivent s'abstenir d'interférer dans les affaires judiciaires, tout comme les juges doivent se tenir à l'écart de l'arène politique partisane.