Le Ghana s’interroge sur l’équilibre entre croissance institutionnelle et préservation de l’impartialité de sa plus haute juridiction. À l’occasion du 150e anniversaire de la Cour suprême, un haut responsable traditionnel a alerté sur les dangers d’une expansion sans limites des effectifs de juges, potentiel vecteur de pressions politiques.
Un système judiciaire sous tension
La Cour suprême du Ghana, institution centrale du système judiciaire, voit ses effectifs augmenter sans plafond constitutionnel. Cette absence de limite, selon Togbe Afede XIV, président de la zone traditionnelle d’Asogli et ancien président de la Chambre nationale des chefs, expose l’institution à des risques de manipulation politique. Lors d’une allocution marquant les 150 ans de la Cour, il a souligné que l’indépendance de la justice, pilier de l’État de droit, dépend directement de la rigueur des mécanismes de nomination des magistrats.
Le chef traditionnel a rappelé que, dès leur entrée en fonction, les juges sont tenus à l’impartialité. Pourtant, la possibilité d’ajouter indéfiniment des magistrats crée un terrain propice aux interférences extérieures. « L’absence de plafond permet d’ajouter, d’ajouter, et encore d’ajouter pour satisfaire des objectifs politiques », a-t-il mis en garde. Cette dynamique, selon lui, menace la crédibilité d’une institution dont la neutralité est essentielle au bon fonctionnement démocratique.
Vers une réforme pour préserver l’intégrité de la justice
Pour Togbe Afede XIV, la solution réside dans un encadrement renforcé des nominations judiciaires. Il a appelé à une révision critique des procédures actuelles, afin de garantir que l’indépendance de la Cour suprême ne soit pas compromise par des considérations partisanes. Une telle réforme, estime-t-il, renforcerait non seulement la légitimité de l’institution, mais aussi la confiance du public dans son rôle de garant des libertés fondamentales.
Cette prise de position s’inscrit dans un débat plus large sur l’équilibre des pouvoirs au Ghana. Alors que le pays se positionne comme un modèle de stabilité institutionnelle en Afrique de l’Ouest, la question de l’autonomie de la justice reste un enjeu majeur. Les critiques formulées par le chef traditionnel soulignent la nécessité d’une réflexion collective sur les garde-fous à mettre en place pour préserver l’intégrité d’un système judiciaire déjà confronté à des défis persistants.