Le Ghana, souvent salué comme l’un des leaders africains en matière de gestion des déchets et d’assainissement environnemental, doit aujourd’hui relever un défi majeur : pérenniser ses avancées face à l’augmentation constante des volumes de déchets générés en milieu urbain.
Depuis deux décennies, le pays a modernisé son infrastructure sanitaire avec la construction de stations de compostage, d’unités de traitement des déchets et d’initiatives innovantes de recyclage. Ces efforts ont valu au Ghana une reconnaissance continentale, mais les acteurs du secteur s’alarment désormais des risques de régression si un modèle de financement fiable n’est pas rapidement mis en place.
Un dialogue de haut niveau sur la gestion des déchets et des décharges, organisé à Accra sous l’égide du ministère en charge des Collectivités locales, des Affaires traditionnelles et religieuses, a réuni des responsables gouvernementaux, des autorités locales, des experts en assainissement et des opérateurs privés. L’objectif : alerter sur la nécessité d’éviter un retour en arrière sur les progrès accomplis dans la région du Grand Accra.
Les participants ont souligné que la gestion des déchets relève d’un bien public, dont le financement ne peut reposer uniquement sur les ménages ou les entreprises. Bien que les citoyens doivent contribuer aux services d’assainissement, le gouvernement est appelé à identifier des sources de financement dédiées et durables pour soutenir le secteur. La Levée sanitaire et pollution, introduite pour financer les services d’assainissement via les achats de carburant, ne jouerait plus son rôle initial, selon les acteurs présents.
Le ministre en charge des Collectivités locales a rappelé que le Ghana génère actuellement environ 4 400 tonnes de déchets solides par jour, soit près de 1,6 million de tonnes par an. Si le taux de collecte moyen atteint environ 80 %, les déchets non collectés continuent de menacer l’environnement et la santé publique. Avec l’urbanisation croissante, la production de déchets devrait encore augmenter dans les années à venir, rendant urgente l’investissement dans des infrastructures modernes de traitement et de collecte.
Les discussions ont également mis en lumière les limites des décharges comme solution principale. Sur les 17 décharges aménagées dans le pays avec l’appui de partenaires de développement, toutes ont atteint leur capacité maximale en moins de dix ans. Les acteurs plaident pour une approche intégrée, combinant collecte, stations de transfert, recyclage, compostage et valorisation des ressources, avant d’envisager le recours aux décharges comme ultime solution.
Le financement reste le principal obstacle identifié. Les opérateurs du secteur peinent à mobiliser des revenus suffisants, les tarifs actuels étant jugés insuffisants pour couvrir les investissements nécessaires. Les comparaisons internationales montrent que les ménages des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure paient généralement entre 15 et 20 dollars américains par mois pour la collecte des déchets. Au Ghana, les acteurs du secteur soulignent des difficultés persistantes en matière de recouvrement des coûts et de rentabilité.
Les experts rappellent que la mauvaise gestion des déchets coûte déjà au Ghana plus de 6,2 milliards de cedis par an, selon des études présentées lors du dialogue. Ces pertes sont liées aux dégâts causés par les inondations, aux dépenses de santé et à la dégradation de l’environnement. Investir dans un assainissement efficace aujourd’hui serait donc moins coûteux que subir les conséquences d’une négligence future.
Malgré ces défis, le Ghana reste un exemple continental en matière d’innovation sanitaire. Plus de 50 stations de traitement et de compostage ont été construites en vingt ans, et des entreprises ghanéennes exportent désormais leur expertise vers d’autres pays africains. Le secteur a également créé des milliers d’emplois et amélioré la santé publique, tout en renforçant la résilience urbaine.
Les parties prenantes s’accordent sur la nécessité d’une collaboration renforcée entre les institutions gouvernementales, les autorités locales, les opérateurs privés et les citoyens. La priorité est désormais de traduire les discussions politiques en mécanismes de financement concrets et durables, afin de préserver les acquis du pays en matière d’assainissement.