Après 18 mois d'exercice, l'administration du président ghanéen John Mahama fait l'objet d'une évaluation nuancée de la part de la société civile. Si des réformes structurelles et des actions concrètes contre la corruption sont saluées, les méthodes employées par les institutions de contrôle soulèvent des inquiétudes majeures sur le respect de l'État de droit.
Des avancées saluées par la société civile
Le bilan initial de l'administration Mahama est marqué par des signaux positifs. Les observateurs, incluant journalistes et juristes, reconnaissent la volonté politique de rationaliser la gestion publique. Parmi les mesures concrètes, on note la réduction du nombre de nominations ministérielles, l'adoption d'un code de conduite présidentiel et la résiliation de contrats publics jugés dispendieux, à l'instar du contrat SML. Ces efforts, couplés aux annonces de recouvrement d'actifs par l'Office des crimes économiques et organisés (EOCO), témoignent d'une dynamique de transparence que les acteurs de la société civile jugent encourageante.
L'ombre du recours excessif au gré à gré
Malgré ces efforts, des zones d'ombre persistent dans la gestion des finances publiques. La pratique du recours au gré à gré demeure une préoccupation centrale : sur 107 contrats majeurs examinés, 81 ont été attribués via cette procédure, représentant un engagement financier dépassant 73 milliards de GH¢. Cette dépendance aux contrats directs fragilise la crédibilité des réformes de passation des marchés publics et souligne la persistance de pratiques opaques au sein de l'appareil d'État.
La dérive des méthodes d'enquête
Le point de friction le plus critique concerne les méthodes d'investigation de l'EOCO, illustrées par le traitement du dossier PDS. Des documents judiciaires révèlent des mesures coercitives jugées disproportionnées : détention prolongée, caution arbitrairement doublée à 100 millions de GH¢, et gel massif de comptes bancaires personnels et professionnels. Plus alarmant encore, des fonds ont été transférés vers des comptes de l'EOCO avant même toute condamnation pénale. Ces pratiques, qui s'apparentent à des sanctions avant procès, posent la question de la présomption d'innocence et de l'usage abusif des pouvoirs d'enquête.
L'exigence de conformité légale
Pour les observateurs, l'efficacité de la lutte contre la corruption ne doit pas se mesurer à la sévérité des mesures prises contre les suspects, mais à la rigueur procédurale et à la solidité des preuves. L'indépendance institutionnelle ne saurait constituer une immunité contre le contrôle citoyen. Le défi pour le gouvernement Mahama est désormais de maintenir une discipline stricte, évitant que la lutte contre la corruption ne devienne un instrument de coercition, au risque de substituer une forme d'arbitraire à une autre. La pérennité de cet engagement dépendra de la capacité des institutions à agir dans le strict respect du cadre légal, garantissant ainsi la protection des droits fondamentaux tout en poursuivant les infractions économiques.