Le paysage institutionnel ghanéen traverse une phase de turbulences marquée par des annonces financières contrastées et des controverses touchant les plus hautes sphères de l'État. Entre le redressement spectaculaire des entreprises publiques et les remaniements brutaux au sein de leurs conseils d'administration, le pays s'interroge sur la réalité de sa transformation économique et l'intégrité de ses processus de gouvernance.
Un bilan financier sous haute surveillance
Les entreprises d'État ghanéennes affichent un bénéfice net de 19,8 milliards de GH¢ pour l'année 2025, une progression notable après une perte de 2,2 milliards de GH¢ enregistrée en 2024. Le gouvernement attribue cette performance à une hausse des revenus et à une meilleure maîtrise des coûts financiers. Toutefois, cette embellie soulève des questions sur la répartition réelle de ces profits, la part reversée en dividendes à l'État restant dérisoire. Les analystes cherchent désormais à déterminer si ces chiffres globaux masquent des disparités persistantes entre des entités performantes et d'autres structurellement déficitaires.
Remaniement des instances dirigeantes
Parallèlement à ces résultats, le président Mahama a procédé à la dissolution des conseils d'administration de neuf institutions stratégiques, dont la GNPC, BOST et la National Sports Authority. Cette décision, qui pourrait précéder le remplacement de plusieurs directeurs généraux, est perçue par certains comme une nécessité pour renforcer la redevabilité. D'autres observateurs y voient toutefois le risque d'un cycle classique de nominations politiques, remettant en cause la stabilité nécessaire à la gestion des actifs nationaux.
Tensions sur l'indépendance judiciaire et parlementaire
Le climat politique est également alourdi par deux dossiers sensibles. D'une part, les sorties publiques du juge en chef, Paul Baffoe-Bonnie, sur la gestion des institutions publiques ont suscité une vive polémique, le NPP l'accusant d'ingérence partisane. D'autre part, l'intégrité du processus de nomination parlementaire est remise en question par la circulation d'un mémorandum alléguant le versement de 70 000 GH¢ à la députée Patricia Appiagyei. Cette dernière a formellement démenti ces accusations, tandis que le Bureau du procureur spécial a ouvert une enquête préliminaire pour faire la lumière sur l'authenticité de ce document et les faits sous-jacents.
L'enjeu de la redevabilité
Ces développements convergent vers une interrogation centrale : les institutions ghanéennes gagnent-elles réellement en efficacité ou assiste-t-on à une simple redistribution des postes sous couvert de performance ? La capacité des autorités à garantir la transparence, tant dans la gestion des entreprises publiques que dans le fonctionnement de la justice et du Parlement, demeure le point de vigilance majeur pour les citoyens et les décideurs.