Malgré des plans détaillés élaborés sur plus d’une décennie, le Ghana échoue à concrétiser ses ambitions en matière de transport public, victime de l’instabilité politique et de l’absence de continuité dans la mise en œuvre des stratégies.
Des diagnostics précis, mais des priorités gouvernementales changeantes
Le Spatial and Land Use Planner, Dr Benedict Arkhurst, souligne que le Ghana dispose depuis des années de plans ambitieux pour lutter contre la congestion et moderniser son système de transport urbain. Ces documents, fruit de diagnostics approfondis, proposent des solutions ciblées pour les zones urbaines densément peuplées. Pourtant, leur application reste aléatoire, chaque nouvelle administration privilégiant ses propres priorités au détriment des stratégies existantes.
L’infrastructure routière, symbole d’un déséquilibre stratégique
Dr Arkhurst pointe du doigt l’accent mis sur l’expansion des routes interurbaines, au détriment des besoins immédiats des villes. Selon lui, cette approche néglige l’urgence de développer un réseau de transport public fiable et efficace dans les zones urbaines, où la congestion pénalise quotidiennement des milliers de Ghanéens. Les plans nationaux, comme le *Greater Accra Regional Spatial Development Framework* ou le *National Spatial Development Framework*, qui prévoient une vision à 20 ans pour les infrastructures de transport, sont rarement intégrés aux politiques gouvernementales actuelles.
Un cadre légal solide, mais une application défaillante
Le pays dispose déjà de plusieurs documents stratégiques, dont un *plan directeur des transports* et un *cadre de développement spatial régional*. Ces textes, conçus pour guider les investissements et les politiques publiques, devraient servir de référence pour les décideurs. Pourtant, leur mise en œuvre est systématiquement reléguée au second plan lorsque les gouvernements changent, au profit de nouvelles orientations politiques. Cette instabilité explique en partie pourquoi des projets comme le *Bus Rapid Transit (BRT)* peinent à voir le jour, malgré leur pertinence avérée pour désengorger les villes.
Vers une réforme structurelle du secteur ?
Pour Dr Arkhurst, la solution réside dans la création de mécanismes garantissant la continuité des politiques de transport, indépendamment des alternances politiques. Il plaide pour que les plans existants soient ancrés dans les manifestes électoraux et traduits en politiques publiques durables. Sans cette stabilité, les efforts déployés pour diagnostiquer les problèmes de congestion et proposer des solutions resteront lettre morte, privant le Ghana d’un levier essentiel pour son développement économique et social.