L'Institut National de Prévoyance Sociale (INPS) du Mali est au cœur d'un rapport accablant du Bureau du Vérificateur Général (BVG). Couvrant la période 2021-2025, l'audit met en lumière des irrégularités financières totalisant 15,9 milliards de FCFA, révélant des failles structurelles majeures dans la gestion de cet organisme pilier de la protection sociale.
Une culture de la dépense sans contrôle
Le rapport pointe une gestion budgétaire marquée par des largesses injustifiées. Parmi les anomalies relevées, le cas du Délégué du Contrôle Financier, bénéficiaire d'avantages indus de 166 millions de FCFA, illustre une défaillance des mécanismes de surveillance. La direction a également outrepassé les plafonds réglementaires de consommation de carburant, distribuant des milliers de litres à des tiers extérieurs à l'institution, au mépris des règles de comptabilité publique.
Recrutements massifs et absence de planification
La gestion des ressources humaines est également sévèrement critiquée. L'INPS a procédé à l'embauche de 2 939 agents entre 2023 et 2025 sans aucun plan de recrutement validé par le Conseil d'Administration ou la tutelle. Cette absence de cadre a favorisé des pratiques opaques, incluant l'embauche de candidats sans diplômes académiques valides, l'usage de faux documents et le non-respect des critères d'âge légaux, compromettant ainsi l'efficacité opérationnelle du service.
Affranchissement des règles de gouvernance
L'institution a fait preuve d'une autonomie décisionnelle contraire aux textes en vigueur. En 2022, la direction a injecté 10 milliards de FCFA dans le capital de la Banque Malienne de Solidarité (BMS), doublant le plafond autorisé par le Conseil d'Administration sans obtenir les approbations ministérielles requises. Ces décisions, couplées à une confusion des rôles entre ordonnateur et comptable et à l'absence d'inventaire physique des biens, témoignent d'une gouvernance défaillante.
Saisine des autorités judiciaires
Face à l'ampleur des manquements constatés, le Vérificateur Général a formellement transmis le dossier au Procureur du Pôle National Économique et Financier ainsi qu'à la Cour des Comptes. Cette procédure judiciaire vise à établir les responsabilités individuelles dans ce naufrage managérial et à engager le processus de recouvrement des fonds publics détournés ou indûment dépensés.