La récupération par l'actuel gouvernement de l'État de Benue de 23 véhicules emportés par l'ancien gouverneur Samuel Ortom à la fin de son mandat a relancé le débat sur les pratiques de fin de fonction au Nigeria. Cette affaire met en lumière une culture institutionnelle où les responsables politiques s'approprient régulièrement des actifs publics, soulevant des interrogations majeures sur l'éthique de gestion et l'érosion des ressources de l'État.
Une pratique institutionnalisée sous couvert légal
L'ancien gouverneur Samuel Ortom a justifié le retrait de ces véhicules en invoquant une décision du Conseil exécutif de l'État (SEC), affirmant que ces biens avaient été alloués à lui-même et à des membres de son administration après quatre années d'usage. Toutefois, cette défense souligne une faille structurelle : le SEC, composé de membres nommés par le gouverneur, manque d'autonomie réelle. En pratique, cette procédure permet aux dirigeants de valider leurs propres avantages matériels, transformant des actifs publics en cadeaux de départ, souvent bien en deçà de leur valeur marchande réelle.
L'impact économique sur les finances des États
Au-delà du cas spécifique de M. Ortom, l'ampleur du phénomène pourrait concerner plus d'une centaine de véhicules si l'on inclut l'ensemble des collaborateurs ayant bénéficié de cette mesure. Pour un État comme celui de Benue, le coût de remplacement de ces équipements représente une charge financière colossale, estimée à plusieurs milliers de milliards de nairas. Cette hémorragie de biens publics — incluant potentiellement du mobilier et du matériel technique — contribue directement à l'appauvrissement des structures étatiques, alors même que les fonctionnaires de carrière, après des décennies de service, ne bénéficient d'aucun avantage similaire.
La question de l'équité et de l'usage du pouvoir
La récupération des véhicules par l'actuel gouverneur, Hyacinth Alia, est perçue par certains comme une mesure nécessaire de justice, bien que le caractère sélectif de cette action soulève des craintes de vendetta politique. Parallèlement, les restrictions de mouvement imposées par l'administration Alia à des figures de l'opposition, comme Peter Obi, sont critiquées comme des atteintes aux principes démocratiques et constitutionnels. Ces tensions illustrent la fragilité de l'État de droit, où l'usage du pouvoir semble souvent s'affranchir des limites constitutionnelles, créant des précédents dangereux pour la stabilité politique future du pays.