La viabilité financière de l'Electricity Company of Ghana (ECG) est gravement compromise par des pratiques de gouvernance opaques, selon Ben Boakye, directeur exécutif de l'Africa Centre for Energy Policy (ACEP). L'expert pointe du doigt un système de captation de ressources où les marchés publics servent d'outils d'enrichissement personnel pour des réseaux politiquement connectés, au détriment de l'efficacité opérationnelle de l'entreprise publique.
Des mécanismes de surfacturation systémiques
Au cœur de la critique figurent les procédures d'achat de l'ECG, marquées par un recours fréquent au gré à gré. Selon Ben Boakye, ces pratiques entraînent des distorsions de prix majeures : certains équipements seraient acquis par l'opérateur à des tarifs sept fois supérieurs à leur valeur marchande réelle. Ces écarts de prix ne seraient pas le fruit du hasard, mais le résultat d'une volonté délibérée de dégager des marges indues, partagées entre des acteurs privés et des décideurs politiques.
Le mythe de la gestion privée
Alors que le débat sur l'ouverture du capital ou la gestion privée de l'ECG fait rage, l'ACEP nuance l'efficacité d'une telle transition. Ben Boakye souligne que le secteur privé est déjà omniprésent dans les opérations de l'entreprise, notamment via la maintenance des infrastructures et la collecte des revenus. Il observe que ces prestataires privés, bénéficiant des inefficacités structurelles de l'ECG, affichent parfois une santé financière plus robuste que celle de la société d'État elle-même. Pour l'expert, le problème ne réside pas dans le statut juridique de l'opérateur, mais dans les réseaux d'intérêts qui gravitent autour de ses flux financiers.
Le poids financier supporté par les usagers
Loin d'être une simple affaire de pertes techniques ou commerciales, la crise de l'ECG se répercute directement sur le pouvoir d'achat des citoyens. Ben Boakye rappelle que les inefficacités de gestion sont in fine financées par les consommateurs, via des tarifs d'électricité élevés et des taxes additionnelles prélevées sur les produits pétroliers pour soutenir le secteur énergétique. Il appelle à une réforme honnête et rigoureuse qui s'attaque aux dépenses somptuaires et aux pratiques de corruption, plutôt que de se limiter à des débats de façade sur la propriété de l'entreprise.