La gestion du pavillon sénégalais et l'attribution des licences de pêche font l'objet d'une enquête parlementaire approfondie. Les auditions des dirigeants actuels et passés de l'Agence nationale des affaires maritimes (Anam) mettent en lumière des irrégularités structurelles, notamment des cas présumés de sénégalisation fictive de navires industriels.
Des irrégularités dans le registre maritime
L'audit de la flotte industrielle sénégalaise a mis en évidence des anomalies préoccupantes, particulièrement concernant le jaugeage des navires et la réalité de leur pavillon. Bécaye Diop, ancien directeur général de l'Anam, a confirmé l'existence de cas présumés de sénégalisation fictive, où des navires étrangers bénéficieraient indûment des avantages liés au pavillon national. Ces écarts techniques seraient en partie dus à la coexistence de méthodes de calcul internationales divergentes, bien que le contrôle soit délégué à des sociétés de classification agréées.
La gouvernance des licences de pêche en question
Le processus d'octroi des licences de pêche, pilier de l'économie halieutique, est au cœur des débats sur la transparence. Si l'Anam fournit une expertise technique via la Commission consultative d'attribution des licences de pêche (Ccalp), le pouvoir décisionnel final appartient au ministre de tutelle. Bécaye Diop a plaidé pour une réforme de ce dispositif, suggérant l'instauration d'un mécanisme de consensus obligatoire pour limiter la discrétion du ministère et renforcer la rigueur administrative dans l'attribution des droits d'exploitation.
Défis de sécurité et modernisation
Au-delà des enjeux de souveraineté, la sécurité maritime reste un point critique. Avec 271 navires immatriculés, dont 187 dédiés à la pêche et à l'industrie, la traçabilité demeure un défi majeur. L'Anam a multiplié ses capacités d'inspection, passant de trois à dix-sept agents, pour mieux sanctionner les navires en défaut de conformité. Pour moderniser le secteur, les autorités préconisent désormais une digitalisation complète des procédures, la sécurisation des titres maritimes et une réorganisation profonde de l'agence pour mieux répondre aux besoins d'un secteur dont le potentiel d'exploitation est estimé à seulement 30 à 40 % de sa capacité réelle.
Vers une meilleure gestion des ressources
L'enjeu collectif est de taille : il s'agit de transformer la gestion maritime pour sécuriser les revenus de l'État et protéger les ressources halieutiques. Les pistes de réforme incluent également le dragage des chenaux portuaires secondaires et la mise en place d'une plateforme dédiée aux réclamations des marins, afin d'assainir un secteur essentiel à l'emploi des jeunes et à la stabilité économique du pays.