Le Fonds monétaire international (FMI) a rendu public, le 12 août 2026, un rapport critique sur la gestion des statistiques de la dette publique au Sénégal. L'institution pointe des écarts persistants entre la dette réelle et les chiffres officiels, classant la fiabilité des données dans la catégorie la plus basse de son évaluation.
Un cadre législatif jugé insuffisant
Le diagnostic du FMI met en lumière une anomalie institutionnelle majeure : l'absence de loi nationale dédiée spécifiquement à la gestion de la dette publique. Actuellement, le pays s'appuie sur une directive communautaire de l'UEMOA pour encadrer ses emprunts, sans dispositif législatif interne propre. Cette carence juridique limite la portée des contrôles, qui se résument souvent à des audits ponctuels lors des changements de mandats présidentiels, au lieu d'une surveillance systématique et continue.
Des failles dans la centralisation et la couverture
La Direction de la Dette Publique (DDP), bien que soumise aux revues de la Cour des comptes et de l'Inspection générale d'État, peine à capturer l'intégralité des engagements financiers de l'État. Le rapport identifie une centralisation incomplète des informations, certains projets financés par des ressources extérieures ayant échappé aux circuits officiels. De plus, le périmètre des instruments de dette reste restreint, omettant des passifs importants comme les comptes à payer et les engagements futurs liés aux caisses de retraite.
Vers une fiabilisation des données publiques
Malgré ces critiques, le FMI reconnaît des avancées notables. La loi de finances initiale (LFI) 2026 marque un tournant en interdisant les « lettres de confort », ces engagements informels qui permettaient par le passé de dissimuler des dettes hors bilan. Les efforts de réconciliation des données avec les créanciers et l'élargissement du périmètre statistique aux entités parapubliques sont également salués comme des progrès vers une meilleure transparence.
Les recommandations pour une réforme durable
Pour corriger ces vulnérabilités, le FMI préconise une série de mesures correctives. Il est notamment suggéré d'harmoniser les systèmes d'information entre le budget et le Trésor, et de systématiser les audits de la dette par la Cour des comptes ou l'Inspection générale des finances, afin qu'ils ne soient plus limités aux débuts de mandats. L'enjeu est désormais d'intégrer les entités extrabudgétaires et les entreprises publiques non financières dans un tableau de bord complet, garantissant ainsi une vision exhaustive et cohérente de la trajectoire financière du pays.