Le Syndicat national des magistrats du Gabon (SYNAMG) tire la sonnette d’alarme sur l’état de délabrement de la justice gabonaise, pointant un sous-investissement chronique, des sanctions disciplinaires jugées disproportionnées et des dysfonctionnements institutionnels qui menacent l’indépendance de la magistrature. Le syndicat exige des réformes urgentes, dont la tenue immédiate de la session du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) et l’adoption des textes d’application du statut des magistrats.
Des infrastructures judiciaires en ruine, à l’exception de Libreville
Le SYNAMG dénonce le délabrement généralisé des palais de justice à travers le pays, à l’exception de celui de Libreville, rénové après plus de dix ans de travaux. Aucun autre tribunal n’a bénéficié de rénovations ou de constructions depuis un an, malgré les promesses gouvernementales. Le syndicat s’interroge : « Est-ce un crime que d’exiger des infrastructures dignes de la mission de la justice ? » et réclame un traitement à la hauteur des responsabilités des magistrats.
Sanctions disciplinaires contestées et instrumentalisation politique
Le syndicat conteste les sanctions prononcées le 25 août par le Conseil de discipline, qui a radié plusieurs magistrats. Il juge certaines décisions « disproportionnées » et s’engage à soutenir les magistrats sanctionnés dans leurs recours devant le Conseil d’État. Tout en rappelant que « la rigueur et l’exemplarité ne se négocient pas », le SYNAMG dénonce une possible instrumentalisation politique de ces procédures, affirmant qu’un magistrat intègre reste « difficilement atteignable » en toutes circonstances.
Insécurité et blocages institutionnels aggravent la crise
Le syndicat évoque des incidents sécuritaires graves, comme une tentative d’immolation dans l’enceinte du palais de justice de Libreville et des actes d’insubordination des forces de l’ordre à Mouila, où des mandats de comparution n’auraient pas été exécutés. Autre dysfonctionnement majeur : la session ordinaire du CSM, prévue en juillet, n’a toujours pas eu lieu, plongeant les magistrats dans l’incertitude quant à leurs futures affectations. Le SYNAMG dénonce également l’absence de textes d’application du statut des magistrats et des lacunes dans la gestion des recettes judiciaires, évoquant des « tentatives inavouées de captation » de ces fonds.
Trois exigences immédiates pour sauver la justice gabonaise
Face à cette situation, le SYNAMG formule trois revendications prioritaires : la tenue immédiate de la session du CSM, l’adoption sans délai des textes d’application du statut des magistrats, et la sécurisation effective des palais de justice. Les magistrats gabonais doivent se réunir à la rentrée judiciaire pour décider des suites à donner à ces demandes, alors que la crise menace l’indépendance et l’efficacité de la justice dans le pays.