Le corps de Manassé Lomboto, jeune opposant décédé après la marche du 15 septembre contre la révision constitutionnelle, n’a pas pu être inhumé le 26 septembre à Kinshasa. Les autorités ont ordonné son maintien à la morgue du Centre hospitalier universitaire du Cinquantenaire, invoquant la poursuite d’enquêtes judiciaires, ce qui a reporté les obsèques prévues par la plateforme C64 et la famille du défunt.
Ordre judiciaire qui maintient le corps à la morgue
Une réquisition signée par la procureure de la République a été affichée le samedi, jour non ouvrable, exigeant que le CHU du Cinquantenaire « continue à garder le corps jusqu’à la fin des enquêtes judiciaires ». Cette décision a été appliquée immédiatement : des dizaines de policiers, munis de la réquisition, ont bloqué l’accès au lieu où le corps était conservé depuis dix jours. La source judiciaire consultée a qualifié la mesure de « tardive et inopportune », rappelant que le corps avait déjà été embaumé, ce qui pourrait limiter la collecte d’éléments probants pour l’enquête.
Réaction des dirigeants du C64 et de la famille
Sur le site, plusieurs figures de la coalition de l’article 64 – Martin Fayulu, Jean‑Marc Kabund, Franklin Tshiamala et Delly Sessanga – ont exprimé leur indignation face à la décision. La famille de Lomboto, en pleurs, a tenté d’obtenir le droit de procéder à l’inhumation, mais les échanges avec les forces de l’ordre sont restés tendus et n’ont abouti à aucun déblocage. L’inhumation a donc été reportée à une date indéterminée, laissant la plateforme C64, qui avait pris en charge les frais funéraires, dans l’incertitude.
Enjeux politiques et droits humains autour de la décision
Le blocage des funérailles intervient dans un contexte de forte tension politique en RDC, où la marche du 15 septembre a rassemblé des milliers de manifestants opposés à toute modification de la Constitution. Le maintien du corps à la morgue est perçu par l’opposition comme une tentative de dissuasion et de contrôle de la visibilité du deuil public. Au regard du droit à la dignité et du respect des rites funéraires, des organisations de défense des droits humains ont déjà appelé les autorités à lever la réquisition afin d’éviter une instrumentalisation du corps à des fins judiciaires. La décision pourrait également alimenter les critiques internationales sur la gestion des manifestations et la protection des opposants en RDC.