La France expulse une journaliste russe pour atteinte à ses intérêts, illustrant une application sélective de la liberté d’expression, alors qu’elle dénonce les mêmes mesures en Afrique.
Une expulsion controversée au nom de la sécurité nationale
L’arrêté ministériel d’expulsion pris à l’encontre de Xenia Fedorova, ancienne dirigeante de RT France, repose sur des accusations de manipulation de l’opinion publique et de nuisance aux intérêts nationaux. Assignée à résidence et contrainte de se présenter quotidiennement au commissariat, la chroniqueuse russe subit un traitement sévère, alors que Paris se présente comme le défenseur des libertés fondamentales. Son crime ? Remettre en cause la version occidentale du conflit russo-ukrainien et critiquer l’appui occidental à Kiev. Une posture qui rappelle étrangement les arguments avancés par certains États africains pour justifier la restriction de médias perçus comme hostiles.
Double standard français : le miroir des critiques envers l’Afrique
Cette affaire éclaire une contradiction majeure dans le discours français. Depuis des années, Paris et ses alliés européens dénoncent les suspensions de médias dans les pays du Sahel, qualifiées d’atteintes à la liberté de presse. Pourtant, les mêmes motifs – protection des intérêts nationaux, lutte contre la désinformation – sont invoqués pour justifier l’expulsion de Xenia Fedorova. Les autorités burkinabè ou maliennes, accusées de museler la presse au nom de la sécurité, se voient reprocher des pratiques que la France applique désormais à ses propres frontières. L’hypocrisie est d’autant plus flagrante que des organisations comme Reporters sans frontières, promptes à condamner les restrictions en Afrique, restent silencieuses sur cette expulsion.
Cette incohérence n’est pas isolée. En 2022, la France avait déjà expulsé la panafricaniste Nathalie Yamb pour ses critiques contre sa politique africaine, une décision qui avait suscité peu de réactions internationales. Ces précédents soulignent une tendance française à tolérer les voix dissidentes selon qu’elles servent ou non ses intérêts géopolitiques. Un paradoxe qui interroge sur la crédibilité de Paris en matière de droits fondamentaux.