Face à une situation budgétaire jugée préoccupante, l'ancien ministre de l'Économie et ex-président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, appelle à une gestion rigoureuse des finances publiques. Il insiste sur le fait que le désendettement n'est pas une option idéologique, mais une condition sine qua non pour financer les investissements futurs de la France.
Le poids croissant de la charge de la dette
La France fait face à une augmentation spectaculaire du coût de sa dette. Alors que la charge annuelle s'élevait à environ 30 milliards d'euros en 2021, elle avoisine désormais les 75 milliards et devrait franchir la barre des 100 milliards d'ici 2030. Ce phénomène est accentué par des taux d'intérêt en hausse et un écart de rendement (spread) défavorable par rapport à ses partenaires européens, comme l'Allemagne. Pour l'ancien ministre, ce mécanisme agit comme un « nœud coulant » qui réduit mécaniquement les marges de manœuvre pour des secteurs stratégiques tels que la défense, la recherche, l'hôpital ou la transition climatique.
La crédibilité internationale en question
Au-delà des chiffres, la stabilité politique est devenue un facteur de risque majeur aux yeux des partenaires européens. La dissolution de 2024 a nourri un sentiment de méfiance à l'étranger, où la capacité de la France à engager les réformes nécessaires est désormais remise en question. Pierre Moscovici rejette fermement les propositions visant à annuler une partie de la dette détenue par la Banque de France, qualifiant cette option de « politiquement impossible ». Une telle mesure enverrait un signal désastreux aux marchés financiers, risquant de provoquer une perte de confiance immédiate et une envolée des taux d'intérêt.
Arbitrages budgétaires et justice sociale
Concernant les efforts budgétaires annoncés, l'ancien responsable souligne la nécessité d'un équilibre entre réduction des dépenses et justice sociale. Si la maîtrise des dépenses publiques doit constituer le levier principal, il estime que les plus fortunés doivent également contribuer à l'effort national. Il suggère notamment de réformer certains dispositifs fiscaux, comme le pacte Dutreil, pour éviter que des avantages destinés à la transmission d'entreprises ne profitent à des actifs de luxe sans utilité économique réelle. Enfin, il met en garde contre une hausse généralisée de la TVA, qui pèserait davantage sur les ménages modestes, tout en rappelant que le désendettement doit être perçu comme un outil de souveraineté, et non comme une simple contrainte comptable.