Le secteur privé centrafricain peine à se développer à cause d’un accès difficile au crédit et d’un cadre juridique incertain. Lors des Bangui Financial Days, la Banque mondiale et la Société financière internationale ont présenté des solutions basées sur la technologie et la formation pour aider les entreprises à structurer leurs activités et à obtenir des financements.
Des obstacles structurels à l’accès au financement
Les petites et moyennes entreprises (PME) de la Centrafrique évoluent majoritairement dans l’informel, sans états financiers ni garanties tangibles. Cette absence de documents comptables empêche les banques d’évaluer la capacité de remboursement, comme l’a rappelé Aliou Maïga, directeur régional de l’IFC. Le manque d’infrastructures de base – électricité, routes, équipements modernes – renforce la méfiance des prêteurs et limite la compétitivité des acteurs locaux.
La technologie comme levier d’évaluation
Selon Maïga, les nouvelles technologies permettent de compenser l’absence de bilans classiques en analysant les flux de trésorerie et les comportements de paiement des entreprises. Des outils numériques peuvent ainsi fournir des indicateurs de solvabilité basés sur les transactions mobiles, les ventes en ligne ou les historiques de fournisseurs. Cette approche ouvre la porte à des prêts plus ciblés, même pour les structures qui n’ont pas encore adopté les standards comptables internationaux.
Formation et accompagnement : le cas de l’OR Rouge
Benois Mandogo, dirigeant de l’entreprise de production d’huile de palme OR Rouge, illustre l’impact d’un accompagnement technique. Après dix ans d’activité informelle, il a suivi des formations et participé à plusieurs colloques sur l’entrepreneuriat. Cette montée en compétences lui a permis de structurer son entreprise, d’obtenir un crédit bancaire et d’investir dans des machines modernes, améliorant ainsi sa productivité et sa capacité à créer des emplois.
Un cadre légal en suspens qui freine les investisseurs
Le retard dans l’adoption de la loi sur le climat des affaires, initiée il y a plus d’une décennie, constitue un frein supplémentaire. Le gouvernement justifie ce blocage par la complexité du processus de réforme, entre consultations multiples et arbitrages techniques. L’incertitude juridique décourage les investisseurs étrangers, qui préfèrent des environnements réglementaires plus clairs et prévisibles.
Vers la création d’emplois productifs
Avec un taux de chômage estimé à plus de 60 % chez les jeunes, la priorité affichée par les acteurs du financement est la génération d’emplois durables. En combinant technologie d’évaluation, formation des entrepreneurs et amélioration du cadre juridique, la Centrafrique espère transformer son secteur informel en un moteur de croissance inclusive, capable de soutenir l’infrastructure et les secteurs à forte intensité d’emploi.