L'invitation de l'ancien président libérien George Weah à la 66e conférence annuelle du Barreau nigérian (NBA) à Port Harcourt a suscité une vive controverse. L'avocat et défenseur des droits humains, Femi Falana, a publiquement dénoncé ce choix, remettant en cause la légitimité de l'ex-chef d'État à s'exprimer sur l'État de droit.
Des accusations de compromission judiciaire
Femi Falana a fermement critiqué le bilan de George Weah, président du Liberia de 2018 à 2024, l'accusant d'avoir affaibli l'indépendance de la justice dans son pays. Selon l'avocat, ces manquements ont contraint de nombreux citoyens libériens à se tourner vers la Cour de justice de la CEDEAO pour obtenir réparation. Il a notamment cité le refus de l'administration Weah d'exécuter des jugements rendus par cette instance régionale, incluant des litiges fonciers concernant le peuple Mandingo et la réintégration d'un juge de la Cour suprême libérienne, dont le licenciement avait été jugé injustifié par la Cour de la CEDEAO.
Un débat sur l'éthique des invitations officielles
Au-delà du cas libérien, Femi Falana a appelé la direction du Barreau nigérian à faire preuve de plus de discernement dans le choix de ses intervenants. Il a exhorté l'organisation à privilégier des personnalités ayant démontré un engagement réel envers la démocratie et la bonne gouvernance, citant en exemple le leadership namibien. Pour le juriste, inviter des dirigeants dont le mandat a été marqué par des allégations de corruption, de trafic de drogue ou de mépris pour les institutions judiciaires affaiblit la portée symbolique des conférences de la NBA.
La rhétorique de George Weah face aux critiques
Lors de son allocution, George Weah a pourtant défendu une vision institutionnelle de la démocratie, affirmant que celle-ci ne peut être soutenue par des « hommes forts » mais par des institutions robustes. Il a mis en garde contre les gouvernements qui, tout en se revendiquant démocratiques, s'adonnent à la corruption et à la collusion avec le pouvoir judiciaire. Ce discours a été accueilli avec scepticisme par une partie de l'auditoire, au regard des faits soulevés par Femi Falana concernant la gestion passée de l'ancien président. Le gouverneur de l'État de Rivers, Siminalayi Fubara, présent lors de l'ouverture, a pour sa part insisté sur la nécessité pour les magistrats de rester courageux et impartiaux, indépendamment des pressions politiques ou sociales.