Félix Tshisekedi mise sur l’armée pour nettoyer Kinshasa : une solution durable ou un pis-aller politique ?

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 35 lectures
Félix Tshisekedi mise sur l’armée pour nettoyer Kinshasa : une solution durable ou un pis-aller politique ?

Face à l’échec des autorités locales, le président Félix Tshisekedi active une solution militaire pour assainir Kinshasa, une mégalopole de 17 millions d’habitants submergée par 15 000 tonnes de déchets quotidiens. Une stratégie risquée, entre urgence sanitaire et instrumentalisation politique.

Un recours à l’armée pour pallier l’incapacité des institutions

Avec une population dépassant les 17 millions d’habitants, Kinshasa étouffe sous le poids de ses déchets. La Régie de gestion des déchets (Regedek) évalue à plus de 15 000 tonnes la quantité de rebuts produits chaque jour, une partie provenant des marchés informels, dits « pirates ». Face à l’inefficacité des autorités provinciales, le chef de l’État a choisi de s’appuyer sur le Service national (SN), une structure paramilitaire placée sous l’autorité directe de la présidence. Une décision qui soulève des questions sur la militarisation des services publics et la durabilité de cette approche.

Le Service national, un outil aux multiples visages

Créé pour encadrer les jeunes Congolais dans des missions civiles et militaires, le Service national est aujourd’hui mobilisé pour des tâches d’assainissement. Dans la commune de Bandalungwa, des « bâtisseurs » du SN œuvrent déjà sur le terrain, sous les caméras des médias d’État. Cette stratégie, présentée comme une solution d’urgence, interroge : s’agit-il d’une mesure temporaire ou d’une réorientation structurelle des politiques publiques ? Les observateurs soulignent le risque de voir cette initiative se muer en outil de communication politique, plutôt qu’en réponse durable à la crise sanitaire.

Insalubrité chronique : un défi sanitaire et économique

L’accumulation des déchets à Kinshasa n’est pas qu’un problème esthétique : elle aggrave les risques de maladies (choléra, paludisme) et freine le développement économique. Les marchés « pirates », souvent cités comme source majeure de pollution, échappent au contrôle des autorités locales. Pourtant, leur régulation nécessiterait des réformes structurelles, bien au-delà d’une opération de nettoyage ponctuelle. La militarisation de l’assainissement pourrait-elle, à terme, marginaliser les acteurs traditionnels de la gestion des déchets, comme la Regedek ?

Entre urgence et stratégie politique, quel avenir pour Kinshasa ?

Si l’intervention du Service national permet un regain d’activité visible, son impact à long terme reste incertain. Les experts s’interrogent sur la capacité des militaires à gérer durablement un problème aussi complexe, sans coordination avec les acteurs locaux et les partenaires internationaux. Une chose est sûre : cette décision marque un tournant dans la gestion des services publics en RDC, où l’armée devient un acteur central des politiques urbaines. À suivre, la réaction des populations et des partenaires techniques, ainsi que l’évolution des indicateurs sanitaires dans la capitale congolaise.

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