Le 30 juin, la République démocratique du Congo se regarde dans le rétro. Entre fierté et défis, Félix Tshisekedi trace une ligne entre héritage et urgence. « C’est une mémoire qui nous rappelle d’où nous venons », déclare le président. Mais cette mémoire pèse lourd : 66 ans après les premières notes de l’hymne national, le pays oscille entre promesses non tenues et espoirs étouffés.
Un discours entre nostalgie et appel à l’action Dans un discours prononcé le 29 juin, à quelques heures de la commémoration officielle, Tshisekedi mêle hommages et exhortations. « Le 30 juin, c’est aussi une promesse », souligne-t-il, évoquant les idéaux de 1960 : « une nation libre, unie, prospère ». Pourtant, les réalités crient leur désaccord. Les infrastructures s’effritent. Les inégalités creusent des fossés. Le chômage jeune dépasse 20 %. « Comment célébrer l’indépendance quand des millions de Congolais n’ont toujours pas accès à l’eau potable ? », interroge-t-on en silence.
Le chef de l’État ne se contente pas de constater. Il assume un rôle de censeur. « Une responsabilité pèse sur nos épaules », martèle-t-il, pointant du doigt les dérives, la corruption, les divisions politiques. « La RDC mérite mieux », clame-t-il, avant d’appeler à l’unité. Un plaidoyer qui tombe à plat ? Pas tout à fait. Car derrière les mots se dessine une stratégie : légitimer son pouvoir en se posant en héritier des luttes passées, tout en exigeant des comptes.
Entre symboles et vérité du terrain Les images du 30 juin 2019 le montrent : Tshisekedi s’adresse à la nation depuis le palais présidentiel, drapé dans les couleurs du panafricanisme. « Nous sommes les enfants de Lumumba, de Kasa-Vubu, de Mobutu », rappelle-t-il, évoquant les figures fondatrices. Mais Lumumba, lui, aurait-il reconnu ce pays aujourd’hui ? Ses rêves de justice sociale semblent bien loin des réalités de Kinshasa, où les émeutes pour le pain font régulièrement la une.
Le président évoque aussi les « sacrifices » des Congolais, ces millions d’hommes, de femmes, d’enfants partis en guerre pour une indépendance volée. « Leur sang n’a pas coulé pour rien », affirme-t-il. Pourtant, les conflits armés persistent dans l’Est, alimentés par des intérêts étrangers et des milices locales. « Comment honorer leur mémoire quand la paix reste une illusion ? »
L’indépendance : un combat inachevé Félix Tshisekedi joue un jeu subtil. D’un côté, il instrumentalise l’histoire pour renforcer son autorité. De l’autre, il tente de mobiliser l’opinion autour d’une vision commune. « La RDC doit se relever », insiste-t-il, promettant des réformes, une lutte contre la corruption, une éducation pour tous.
Mais les promesses présidentielles ont un goût amer. En 2019, comme aujourd’hui, les Congolais savent que les mots ne suffisent pas. « Quand est-ce que les actes suivront ? », se demandent-ils. Le 30 juin reste une date charnière, mais aussi un miroir tendu à la nation : et si l’indépendance n’était qu’une première étape, et non une fin en soi ?
Et maintenant ? La question reste entière La RDC a besoin de plus que des discours. Elle a besoin de routes, d’écoles, d’hôpitaux. Elle a besoin que les élites rendent des comptes. Elle a besoin que les jeunes, fatigués par l’exil ou le désespoir, retrouvent espoir.
Félix Tshisekedi a raison sur un point : le 30 juin est une responsabilité. Mais une responsabilité partagée. « La nation se construit chaque jour », écrit-il. Alors, à qui revient l’honneur de la faire grandir ? À lui ? Aux Congolais ? Aux partenaires internationaux ? La réponse se jouera dans les mois à venir.
« L’indépendance n’est pas un héritage, c’est un combat quotidien » – et ce combat, personne ne peut le mener à sa place.