Le prix Nobel d'économie Jean Tirole et la chercheuse Karine Van der Straeten alertent sur le risque de déclassement de l'Europe face à la montée des tensions géopolitiques mondiales. Dans leur ouvrage commun, ils soulignent que le retard technologique européen, particulièrement face aux États-Unis et à la Chine, fragilise la souveraineté du continent et limite ses capacités de croissance à long terme.
Le coût du décrochage technologique
Pour les auteurs, l'Europe souffre d'un déni collectif qui freine les réformes nécessaires. Alors que les puissances américaine et chinoise concentrent leurs investissements sur des secteurs de rupture comme l'intelligence artificielle et les biotechnologies, l'Europe s'épuise dans des technologies intermédiaires où elle ne possède plus d'avantage comparatif. Ce retard technologique prive le continent des gains de productivité indispensables à la préservation du pouvoir d'achat et à la compétitivité globale.
Sortir du saupoudrage industriel
La réponse à ce défi exige, selon Jean Tirole et Karine Van der Straeten, une rupture avec les pratiques actuelles. Ils critiquent le « saupoudrage » des investissements, où chaque État membre cherche à favoriser ses propres intérêts nationaux au détriment de l'efficacité collective. Pour gagner en puissance, l'Europe doit impérativement massifier ses investissements dans des niches technologiques stratégiques et rationaliser ses programmes, notamment dans le secteur de la défense, en évitant la duplication des efforts.
Une gouvernance européenne à transformer
La réussite de cette transition repose sur une transformation profonde du fonctionnement européen. Les auteurs plaident pour la création d'un budget européen capable de soutenir une véritable force de frappe technologique, à l'image du modèle fédéral américain. Ils insistent sur la nécessité de confier les choix stratégiques à des experts scientifiques plutôt qu'à des impératifs électoraux de court terme, qui tendent à protéger des industries obsolètes au prix d'un coût social et économique croissant pour les générations futures.
L'impératif d'une vision à long terme
Le message adressé aux décideurs et aux citoyens est clair : le repli national est une impasse. La prospérité des nations européennes dépendra de leur capacité à agir de concert au sein d'une Europe intégrée et spécialisée. Sortir du court-termisme politique est la condition sine qua non pour transformer l'économie européenne et éviter une marginalisation durable sur l'échiquier mondial.