La lutte contre la dégradation des terres et la sécheresse en Afrique ne souffre pas d'un manque de savoir scientifique, mais d'une incapacité chronique à transformer les données en décisions politiques opérationnelles. À l'occasion de la COP17, des experts soulignent l'urgence de décloisonner la recherche pour passer de la théorie à des solutions déployables sur le terrain.
Combler le fossé entre recherche et décision
Le principal obstacle identifié par le professeur Oluseyi Ifatimehin réside dans la déconnexion entre les institutions académiques et les décideurs publics. Alors que les chercheurs produisent des publications scientifiques, les gouvernements exigent des réponses pragmatiques sur les coûts, les délais et l'efficacité des interventions. Pour remédier à cette situation, il est préconisé de renforcer les mécanismes d'interface science-politique et d'intégrer les universités comme partenaires stratégiques dans les programmes nationaux de restauration des terres, plutôt que de les limiter à un rôle de producteurs de données.
Exploiter le potentiel technologique existant
L'Afrique dispose déjà des outils nécessaires pour anticiper les crises climatiques, mais leur déploiement reste fragmenté. L'utilisation combinée de l'observation satellitaire, de l'intelligence artificielle et des systèmes d'alerte précoce permettrait de passer d'une gestion réactive à une planification proactive. L'enjeu est de créer des systèmes d'information complets, capables de fournir aux agriculteurs et aux éleveurs des conseils actionnables — sur les périodes de semis ou la gestion de l'eau — avant que les pertes ne deviennent irréversibles.
La co-construction des savoirs locaux
L'efficacité des politiques de restauration dépend de la capacité à faire dialoguer la science moderne avec les connaissances ancestrales des communautés locales. Plutôt que de choisir entre ces deux approches, la stratégie gagnante repose sur la co-production de savoirs. En testant les observations traditionnelles des éleveurs et des agriculteurs à l'aune des données météorologiques et satellitaires, les autorités peuvent concevoir des systèmes d'alerte plus crédibles et mieux acceptés par les populations concernées.
Vers un pipeline d'innovation mesurable
Pour transformer les innovations de laboratoire en solutions à grande échelle, le modèle de financement doit évoluer. Il est nécessaire de dépasser le stade des projets pilotes à court terme pour soutenir des parcours d'innovation structurés : de la validation sur le terrain à l'adoption institutionnelle. Le succès ne doit plus être mesuré par le nombre de publications, mais par des indicateurs tangibles tels que le nombre d'hectares restaurés, l'amélioration de la productivité des sols et la réduction des pertes liées à la sécheresse.