Face à une raréfaction croissante des ressources en eau douce, l'Inde opère un retour stratégique vers des techniques ancestrales de gestion hydraulique. Plutôt que de miser exclusivement sur des infrastructures modernes, de nombreuses communautés réhabilitent des ouvrages millénaires pour restaurer les nappes phréatiques et sécuriser l'accès à l'eau potable.
L'efficacité retrouvée des structures traditionnelles
Des ouvrages tels que les baoris (puits à degrés), les johads (barrages en terre) ou les tankas, délaissés pendant près de deux siècles, prouvent aujourd'hui leur résilience face aux aléas climatiques. Contrairement aux grands réservoirs modernes qui favorisent l'évaporation, ces systèmes anciens sont conçus pour ralentir le ruissellement des eaux de pluie et favoriser leur infiltration lente dans les sols. À Alwar, au Rajasthan, la restauration du puits Moosi Rani Sagar, resté inutilisable pendant des décennies, illustre cette réussite : le niveau d'eau y est désormais stable, même durant les périodes de forte sécheresse.
Un modèle de gestion communautaire
La réactivation de ces systèmes dépasse le cadre technique pour devenir un levier social. Dans les années 1980, le projet mené par Rajendra Singh à Alwar a démontré qu'en impliquant les assemblées villageoises dans la construction de johads, il était possible de faire revivre des rivières saisonnières et de réalimenter des puits asséchés. Cette approche décentralisée a permis de transformer des zones déclarées « zones sombres » — où l'extraction d'eau dépassait largement la capacité de recharge des nappes — en espaces de nouveau productifs, bénéficiant à des centaines de villages.
Vers une intégration dans les politiques publiques
Longtemps négligé au profit de grands projets d'ingénierie centralisés, le savoir-faire traditionnel est désormais intégré aux plans nationaux. Le gouvernement indien a lancé en 2020 un vaste programme visant à construire ou restaurer 14 millions de structures de collecte des eaux de pluie. L'objectif est de capter 185 milliards de mètres cubes de précipitations de mousson pour recharger les aquifères. Si les investissements publics sont cruciaux, les experts soulignent toutefois que la pérennité de ces infrastructures repose avant tout sur une discipline civique rigoureuse, notamment pour assurer le curage régulier des bassins.
Le défi de la durabilité face au changement climatique
Avec 18 % de la population mondiale pour seulement 4 % des ressources en eau douce, l'Inde fait face à une pression hydrique critique. L'extraction intensive par forage, couplée à des précipitations plus erratiques dues au réchauffement climatique, rend la gestion des nappes phréatiques indispensable. En misant sur la complémentarité entre infrastructures modernes et systèmes ancestraux, le pays cherche à stabiliser son approvisionnement en eau, tout en redonnant aux communautés locales un rôle central dans la gestion de leur environnement immédiat.