L’Ukraine en feu, eux vivent en yacht.
L’explosion d’un colis piégé à Monaco hier a blessé Vadim Ermolaev, magnat ukrainien propriétaire d’un empire immobilier, industriel et viticole. Deux autres personnes, dont sa compagne, sont également touchées. L’enquête, encore en cours, exclut pour l’instant un attentat terroriste. Qui a visé ces hommes ? Une question qui résonne comme un écho aux tensions croissantes entre ceux qui fuient la guerre et ceux qui la combattent.
Cette attaque met en lumière un phénomène médiatisé sous le nom sarcastique de « bataillon Monaco » : ces oligarques ukrainiens, en âge de combattre, qui ont déserté leur pays pour s’installer sur la Côte d’Azur. Leur présence, critiquée depuis 2022, soulève une question simple : Comment justifier leur luxe à l’étranger alors que des milliers d’Ukrainiens meurent au front ?
Des fortunes en exil, des vies de luxe
Depuis le début de la guerre, Monaco et la Côte d’Azur sont devenus des refuges pour une poignée d’hommes d’affaires ukrainiens. Vadim Ermolaev n’est pas un cas isolé. Parmi eux, des figures comme Rinat Akhmetov, l’homme le plus riche d’Ukraine, propriétaire du club de football du Shakhtar Donetsk, ou encore Viktor Pintchouk, ancien député et businessman. Tous ont acheté des résidences somptueuses, dont un appartement à Monaco évalué à 471 millions d’euros – le bien immobilier le plus cher au monde.
Les preuves de leur installation ont été révélées par Ukrainska Pravda en 2022 : des yachts amarrés à Nice, des voitures de luxe circulant à Monte-Carlo. Pendant ce temps, leurs concitoyens subissent bombardements et pénuries. Le contraste est insoutenable.
Des fugitifs sous le regard de Kiev
Ces départs massifs ont été facilités par des failles légales. La loi martiale ukrainienne interdit aux hommes de 18 à 60 ans de quitter le pays. Pourtant, des centaines ont contourné cette règle. En réponse, l’État ukrainien a ouvert des procédures pénales contre 84 noms, dont des oligarques, des politiques et des hauts fonctionnaires accusés de désertion ou de blanchiment.
Certains, comme les frères Surkis (dirigeants du Dynamo Kiev), sont impliqués dans des affaires de corruption. D’autres, comme Yulia Lyovochkina ou Igor Abramovitch, étaient membres d’un parti pro-russe dissous par Zelensky. Leur présence à Monaco interroge : Fuit-on la guerre… ou le pouvoir ?
Monaco, paradis fiscal pour riches déserteurs
Le gouvernement monégasque a simplifié leur installation. Depuis 2023, un dispositif d’accueil temporaire leur est réservé, sous conditions : être résident en Ukraine avant février 2022, avoir des liens familiaux ou amicaux sur place, et s’installer à Monaco. Une facilité qui s’inscrit dans la tradition du Rocher, terre d’accueil des fortunes grâce à son absence totale d’impôts.
Pourtant, leur nombre a diminué depuis 2022. L’ambassadeur ukrainien en France, Vadym Omelchenko, évoque désormais "20 à 30 individus" – une minorité, selon lui. "Ce sont des exceptions", déclare-t-il, tout en reconnaissant les critiques juridiques pesant sur certains.
Une guerre des ombres
L’explosion de ce colis piégé rappelle que ces oligarques ne sont pas seulement des fugitifs. Certains, comme Pintchouk, participent indirectement au conflit en soutenant l’armée ukrainienne via leurs entreprises. D’autres, au contraire, financent ou protègent des réseaux pro-russes.
Cette affaire révèle une vérité crue : la guerre en Ukraine ne se gagne pas seulement sur les champs de bataille. Elle se joue aussi dans les salons de Monaco, où certains profitent de l’effort de guerre des autres.
Et demain ?
L’explosion de Monaco pourrait-elle être le début d’une chasse aux oligarques ? Les autorités ukrainiennes et françaises surveillent. Mais tant que leurs fortunes et leurs résidences restent intactes, la question reste entière : Peut-on vraiment considérer ces hommes comme des héros… ou des traîtres ?
Une chose est sûre : tant que des millions d’Ukrainiens paieront le prix de cette guerre, leurs luxes resteront une plaie ouverte. La justice doit-elle les atteindre… ou la honte les poursuivre ?