Le système de santé nigérian fait face à une hémorragie persistante de ses talents, illustrée par la présence de plus de 10 000 professionnels nigérians au sein du National Health Service (NHS) britannique. Cette migration massive, qui place le Nigeria en tête des nations africaines représentées dans le système de santé du Royaume-Uni, fragilise la capacité du pays à répondre aux besoins de sa propre population.
Une présence nigériane dominante dans le NHS
Avec 10 494 ressortissants recensés, le Nigeria occupe le sixième rang mondial parmi les effectifs du NHS, devançant largement les autres pays africains comme le Zimbabwe (4 780) ou le Ghana (3 395). Cette dynamique souligne l'attractivité du système britannique pour les médecins, infirmiers et techniciens nigérians, alors que le Royaume-Uni continue de s'appuyer sur une main-d'œuvre internationale pour pallier ses propres pénuries.
L'ampleur de la crise des effectifs au Nigeria
Le rapport 2025 sur l'état de santé de la nation, publié par le ministère fédéral de la Santé, dresse un constat alarmant : plus de 20 000 travailleurs de santé ont quitté le pays en une seule année. Parmi eux, près de 4 000 médecins et plus de 7 000 infirmiers et sages-femmes. Cette fuite est aggravée par une disparité géographique marquée, les États du nord du pays souffrant d'une densité médicale particulièrement faible. Sur les 95 456 médecins enregistrés au niveau national, seuls 60 551 détiennent une licence d'exercice active, révélant un écart significatif entre les effectifs théoriques et la réalité du terrain.
Le défi de la mise en œuvre des politiques publiques
Face à cette situation, le gouvernement nigérian a adopté en août 2024 une politique nationale sur la migration de la main-d'œuvre de santé, visant à améliorer les conditions de travail et à mieux encadrer les départs. Toutefois, le rapport 2025 souligne que cette stratégie reste, à ce jour, au stade de la planification sans déploiement opérationnel concret. Si des efforts de formation ont permis de préparer 78 146 agents de santé entre 2024 et 2025, soit 65 % de l'objectif national fixé à 120 000, la rétention de ces professionnels demeure l'enjeu central pour garantir la pérennité du système de santé nigérian.