Excision au Mali et au Burkina Faso : le dangereux retour d'un discours de contrôle sur le corps des femmes

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 25 lectures
Excision au Mali et au Burkina Faso : le dangereux retour d'un discours de contrôle sur le corps des femmes

Une campagne numérique prônant l'excision refait surface au Mali et au Burkina Faso, portée par des arguments culturels et religieux visant à justifier le contrôle de la sexualité féminine. Ce regain de discours conservateurs occulte les graves conséquences sanitaires des mutilations génitales féminines (MGF) et remet en question des décennies de lutte pour l'intégrité physique des femmes.

Le mythe de la protection et du contrôle social

Les promoteurs de ces campagnes présentent l'excision comme un rempart contre la « frivolité » et un gage de fidélité conjugale. Derrière ce discours de protection se cache en réalité une volonté de réguler la sexualité féminine en altérant l'anatomie des jeunes filles. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle pourtant que cette pratique, dépourvue de tout bénéfice médical, entraîne des douleurs chroniques, des complications obstétricales et des traumatismes psychologiques durables.

L'impasse de la médicalisation et des pressions communautaires

L'idée d'une excision « sécurisée » par des professionnels de santé est une dérive dangereuse que la science rejette fermement. Malgré l'absence de fondement médical, des familles instruites continuent de perpétuer la pratique, souvent par peur du rejet social ou sous la pression des aînés. Au Mali, l'absence de législation nationale spécifique criminalisant les MGF favorise des déplacements transfrontaliers, où des familles burkinabè contournent la loi de leur pays en se rendant dans les zones frontalières maliennes.

Déconstruire les arguments religieux et culturels

Si la religion est fréquemment invoquée pour légitimer l'excision, de nombreuses autorités religieuses, dont des instances musulmanes de référence, réfutent tout caractère obligatoire de cette pratique. L'imam Alidou Ilboudo au Burkina Faso souligne notamment l'absence de prescription coranique, qualifiant l'acte d'atteinte à l'intégrité physique. Cette diversité de voix au sein même des communautés religieuses est un levier essentiel pour déconstruire les normes sociales qui maintiennent l'excision.

Une responsabilité collective au-delà des genres

La lutte contre les MGF ne peut être une affaire exclusivement féminine. Elle nécessite l'engagement actif des hommes — pères, époux, leaders d'opinion et responsables religieux — pour transformer les mentalités. Comme le soulignait Thomas Sankara, l'excision participe d'un système d'infériorisation de la femme qu'il convient de démanteler. L'enjeu actuel est de passer d'une logique de conformité sociale à une reconnaissance pleine et entière de l'intégrité corporelle des filles, condition sine qua non de leur émancipation au sein de la société.

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