Éthiopiens en Arabie saoudite : la peur de l’exécution plane sur les condamnés à mort

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 44 lectures
Éthiopiens en Arabie saoudite : la peur de l’exécution plane sur les condamnés à mort

Des Éthiopiens emprisonnés en Arabie saoudite, condamnés à mort pour trafic de drogue, dénoncent des procès expéditifs et des conditions carcérales indignes. Depuis 2023, le nombre d’exécutions parmi les non-Saoudiens a fortement augmenté, avec une majorité de victimes éthiopiennes.

Un système judiciaire opaque et des sentences disproportionnées

Les témoignages recueillis par la BBC révèlent un système judiciaire saoudien où les droits de la défense sont systématiquement bafoués. Les accusés, souvent des migrants éthiopiens originaires de la région de Tigray, sont privés d’avocat, de traduction adéquate et de possibilité réelle de faire appel. Les aveux, parfois extorqués sous la contrainte, sont utilisés comme preuves, malgré les dénis des condamnés. Les exécutions, en hausse depuis 2023, concernent principalement des infractions liées au trafic de khat ou de haschisch, des substances pourtant moins dangereuses que d’autres drogues.

Les autorités saoudiennes justifient ces condamnations par la lutte contre le trafic de stupéfiants, mais les organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International ou Human Rights Watch, soulignent l’absence de transparence dans les procédures. Les familles des condamnés, maintenues dans l’ignorance, ne sont informées qu’au dernier moment, voire après l’exécution. Les rares contacts avec l’extérieur sont surveillés, et les prisonniers décrivent des conditions de détention inhumaines : surpopulation, malnutrition et violences policières.

Une crise diplomatique et humanitaire en suspens

Face à cette situation, le gouvernement éthiopien a multiplié les démarches diplomatiques, sans résultat tangible. Une rencontre entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays en mai, suivie d’une visite de l’ambassadeur éthiopien dans une prison saoudienne en juin, n’ont pas permis d’endiguer les exécutions. Les appels à la clémence lancés par des figures religieuses et des organisations internationales, comme l’Union africaine, restent sans écho. Les familles des condamnés, souvent issues de milieux modestes, n’ont pas les moyens de payer des avocats ou d’influencer les décisions judiciaires.

Les prisonniers, désespérés, tentent de faire entendre leur voix via des canaux médiatiques, mais leurs appels au secours se heurtent au silence des autorités. Certains, comme Habtom, refusent même d’annoncer leur condamnation à leur famille, préférant attendre l’exécution pour éviter de leur infliger une souffrance supplémentaire. D’autres, comme Desta, décrivent des cellules surpeuplées où les détenus survivent dans des conditions proches de la torture, sans accès minimal à des soins ou à une hygiène décente.

Alors que le nombre d’Éthiopiens exécutés en Arabie saoudite a bondi – passant de deux en 2022 à plus de trente en 2025 –, la communauté internationale reste divisée sur la manière d’intervenir. Les organisations de défense des droits humains exhortent Riyad à suspendre les exécutions et à réviser les procédures judiciaires, tandis que l’Éthiopie, malgré ses démarches, peine à obtenir des garanties concrètes pour ses ressortissants. Dans l’attente d’une issue, les condamnés à mort éthiopiens continuent de croupir dans l’ombre, entre l’espoir d’une grâce et la peur de l’irréversible.

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