Le gouvernement chinois a ordonné l’évacuation immédiate de ses ressortissants d’Eswatini, invoquant des risques sécuritaires liés à la cybercriminalité et aux jeux d’argent illégaux. Cette décision s’inscrit dans un bras de fer diplomatique croissant entre Pékin et Mbabane, dernier allié africain de Taïwan.
Une mise en garde chinoise sans précédent
Le ministère chinois des Affaires étrangères a publié mardi un communiqué sur WeChat exigeant que ses citoyens quittent « dès que possible » l’Eswatini, évoquant des « risques de sécurité extrêmement élevés ». Les autorités chinoises ont pointé du doigt la « cyberfraude endémique » et les « activités criminelles liées aux jeux d’argent en ligne » comme principales menaces. Elles ont également mis en garde contre une assistance consulaire potentiellement compromise pour ceux qui resteraient sur place.
Eswatini rejette les accusations et défend sa souveraineté
Le gouvernement d’Eswatini a qualifié d’« infondées » et de « regrettables » les allégations chinoises, soulignant que ses institutions policières avaient démantelé cette année un réseau présumé de jeux d’argent illégaux, arrêtant plus de 200 étrangers, dont 55 Chinois. Dans un communiqué, Mbabane a affirmé que ces opérations confirmaient « la vigilance et l’efficacité » de ses forces de l’ordre, tout en réaffirmant son refus de céder aux pressions extérieures. « L’Eswatini ne se laissera pas contraindre, désavantager ou déstabiliser » par des considérations géopolitiques, a-t-il déclaré.
Un enjeu diplomatique qui dépasse les frontières
Cette crise survient alors que la Chine renforce sa politique d’isolement de Taïwan, dont l’Eswatini est le dernier allié africain. En mai 2023, le président taïwanais Lai Ching-te s’était rendu à Mbabane, un voyage que Taipei avait accusé Pékin d’avoir tenté de saboter en faisant pression sur des pays voisins pour bloquer les survols aériens. Par ailleurs, la Chine a récemment étendu ses préférences commerciales à tous les pays africains… sauf l’Eswatini, une mesure perçue comme une punition économique. Avec plus de 200 ressortissants chinois actifs dans les secteurs du textile, du commerce et de la restauration, cette décision d’évacuation pourrait aussi fragiliser les liens économiques entre les deux pays.
Que reste-t-il de l’alliance entre Mbabane et Taipei ?
L’Eswatini, petit royaume enclavé, maintient depuis des décennies son soutien à Taïwan, malgré les pressions internationales. Cette position lui vaut aujourd’hui des représailles économiques et sécuritaires de la part de Pékin. Alors que la Chine multiplie les stratégies pour isoler diplomatiquement Taipei, l’avenir de cette alliance historique pourrait dépendre de la capacité de Mbabane à résister aux pressions ou à trouver un compromis. Une question qui dépasse le cadre bilatéral pour toucher aux équilibres géopolitiques en Afrique.