La récente polémique autour d'une jeune employée ayant interpellé le président d'une grande banque nigériane par son prénom met en lumière une fracture profonde au sein du monde professionnel. Loin d'être un simple incident de courtoisie, ce débat interroge la pertinence de l'importation de modèles managériaux occidentaux dans un contexte culturel où la hiérarchie et l'âge conservent une place centrale.
L'héritage d'une modernité importée
Dans les années 1980 et 1990, de nombreux cadres nigérians formés dans des écoles de commerce américaines ont instauré l'usage du prénom pour briser les barrières hiérarchiques. À l'époque, cette pratique visait à fluidifier les échanges entre des dirigeants qui étaient, pour la plupart, des pairs en âge et en expérience. Cette « révolution du prénom » était perçue comme un levier de performance, permettant de réduire une déférence jugée excessive et d'encourager une communication plus directe au sein des structures bancaires et corporatives.
Le choc des générations en entreprise
Le malaise actuel naît de l'évolution démographique des effectifs. Ce qui fonctionnait entre contemporains devient complexe lorsque le dirigeant, désormais âgé, se retrouve face à des stagiaires qui pourraient être ses petits-enfants. En imposant une culture de l'informalité, les institutions ont créé une dissonance : les jeunes employés suivent les règles internes de l'entreprise, tandis que les normes sociales nigérianes, fondées sur le respect dû aux aînés, leur dictent une conduite différente. Cette situation place les collaborateurs dans une position inconfortable, coincés entre une injonction managériale et des valeurs culturelles profondément ancrées.
Repenser l'adaptation des modèles institutionnels
L'enjeu dépasse la simple étiquette. Il s'agit d'une critique de la tendance nigériane à adopter des concepts institutionnels étrangers sans en analyser les fondements sociologiques. À l'instar de la métaphore de la « barrière de Chesterton », l'auteur souligne qu'avant de supprimer une convention sociale, il est crucial d'en comprendre la fonction originelle. Le respect et la hiérarchie ne sont pas nécessairement incompatibles avec l'efficacité économique ou l'égalité. La modernité ne devrait pas exiger l'effacement des marqueurs culturels, mais plutôt leur intégration réfléchie dans un environnement professionnel qui reste, par nature, ancré dans une réalité locale spécifique.