Le programme « Un étudiant, un ordinateur » s’enlise dans une procédure parlementaire aux contours flous, où les responsabilités se multiplient et les obstacles juridiques s’accumulent. Entre deux noms de Diouf cités dans les documents, une qualification incertaine des opérations et des dysfonctionnements persistants, l’enquête s’annonce plus complexe que prévu.
Un dossier aux responsabilités multiples et des noms qui s’entremêlent
La proposition de commission d’enquête parlementaire, portée par les députés, ne cible pas un seul responsable mais vise l’ensemble des acteurs ayant participé au programme « Un étudiant, un ordinateur ». Ministres, directeurs, chefs de service et collaborateurs des ministères de l’Enseignement supérieur, des Finances et du Budget, ainsi que les structures de financement et de régulation des marchés publics sont concernés. Si le nom d’Abdourahmane Diouf, ancien ministre de l’Enseignement supérieur, a été associé publiquement au dossier, les documents examinés ne l’identifient pas comme l’unique responsable. Son passage au ministère, entre avril 2024 et 2025, en fait un acteur parmi d’autres dans une chaîne de responsabilités.
Un autre « Diouf » émerge : le professeur Abdou Aziz Diouf, alors responsable administratif, apparaît dans des documents liés à une convention de fourniture d’ordinateurs. Ces pièces, portant notamment sur des machines équipées de processeurs AMD Ryzen 3 et de 8 Go de mémoire vive, pourraient être examinées si la commission voit le jour. La multiplication des noms et des rôles complique la lisibilité du dossier et dilue les responsabilités individuelles.
Des obstacles juridiques et des dysfonctionnements persistants
L’enquête parlementaire se heurte à une difficulté majeure : la qualification juridique des opérations. Le manuel de procédure du programme, actualisé en 2017, prévoit un mécanisme particulier de mise à disposition des ordinateurs, distinct des marchés publics classiques. Certaines opérations pourraient être qualifiées d’« engagements hors marché », encadrées par des fiches de dossier de dépense spécifiques. Cette qualification, si elle est conforme au manuel, pourrait fragiliser l’argumentaire basé sur d’éventuelles violations des règles de passation des marchés publics.
Parallèlement, des dysfonctionnements opérationnels aggravent la situation. Une enquête interne a été ouverte par le ministère de l’Enseignement supérieur après la constatation de retards dans le versement des allocations destinées à l’acquisition des ordinateurs. Plus de 1 700 étudiants attendraient encore leurs fonds, tandis que des machines bloquées au Port de Dakar illustrent les dysfonctionnements logistiques. Ces éléments ajoutent une dimension concrète à un dossier déjà marqué par des incertitudes procédurales et des responsabilités diluées.