Le parquet de Paris a lancé une enquête sur des faits présumés de harcèlement sexuel perpétrés à l’aide des lunettes connectées de Meta, tandis que la CNIL a été saisie de plusieurs plaintes. Cette affaire met en lumière les tensions entre innovation technologique, protection de la vie privée et cadre juridique européen.
Enquête du parquet de Paris et premières constatations
Les juges d’instruction ont ouvert une procédure pénale après que des femmes auraient été filmées à leur insu dans la rue avec les lunettes équipées d’une petite caméra. La cellule de cybercriminalité du parquet a testé les appareils deux semaines auparavant afin d’identifier les infractions possibles, mais les autorités n’ont pas communiqué de détails supplémentaires.
Le succès commercial des lunettes IA et les dérives signalées
Les lunettes développées par Meta, en partenariat avec le groupe EssilorLuxottica, ont atteint un volume de sept millions d’unités vendues l’an dernier, représentant environ 76 % du marché mondial. Ce succès a été accompagné d’un nombre croissant de plaintes concernant des enregistrements non consentis, notamment sur des lieux publics, ce qui a poussé la CNIL à recevoir plusieurs signalements et des entreprises à s’interroger sur la possibilité d’interdire ces dispositifs sur leurs sites.
Cadre juridique européen et réponses de Meta
Les appareils sont soumis à la loi européenne sur l’intelligence artificielle ainsi qu’au Règlement général sur la protection des données (RGPD). En France, la législation prévoit des sanctions en cas d’enregistrement d’images d’une personne dans un lieu privé sans accord. Meta a rappelé que chaque paire intègre une LED qui s’allume lors d’une capture photo ou vidéo, affirmant que la protection de la vie privée a été intégrée dès la conception.
Réactions des associations et mesures envisagées
Des organisations féministes, dont Hubertine Auclert, dénoncent que la responsabilité ne peut pas incomber aux victimes et appellent les fabricants à renforcer les garde-fous. Des tutoriels circulent déjà en ligne pour masquer la LED, tandis que certains cinémas britanniques ont interdit les lunettes dans leurs salles. En Allemagne, une association de consommateurs a déposé une plainte pénale contre Meta et d’autres vendeurs, arguant que les dispositifs contreviennent aux règles de protection des données. Parallèlement, Snapchat a annoncé le lancement de ses propres lunettes IA, intensifiant la concurrence sur ce marché en pleine évolution.